Yes : Yessongs

Ces dernières années auront été essentielles dans la construction de l’œuvre de Yes.
Le groupe s’est tout d’abord offert les services de Roger Dean qui signe avec la pochette de fragile, sortie en 1971, la première œuvre de cette longue collaboration.
Musicalement, l’arrivée de Wackeman au clavier a permis au groupe de franchir une nouvelle étape.

Car les limites du groupe rapprochaient « the Yes album », sortie en 1971, de ses prédécesseurs.
Le groupe avait pourtant montré une plus grande ambition en abandonnant les reprises pour produire son propre matériel.

Leurs limites d’autodidactes étaient malheureusement atteintes et, sans l’aide d’un virtuose au savoir plus académique, le groupe semblait condamné à ne jamais être à la hauteur de ses ambitions.
À l’époque, alors musicien de studio pour Bowie, Wackemanne se fait pas prier, et rejoint Yes après avoir reçu les premières bandes démos de ce qui deviendra l’album « Fragile ».

C’est lui qui sera l’artisan chargé de bâtir les mélodies tarabiscotées, imaginées par le groupe.
Grâce à lui, Yes s’oriente vers une musique plus sophistiquée et écrite.
Débordé par les tournées, le groupe ne parviendra toutefois pas à atteindre la perfection dès le premier essai avec Wakeman.

Cela n’empêche pas le fruit de ses premières séances d’être considéré, à juste titre, comme l’un des monuments du groupe. Néanmoins, c’est « Close To The Edge », sorti quelques mois plus tard qui incarnera l’âge d’or du groupe anglais.

Esquivant même les griefs régulièrement imputés au prog (longueur exagérée des morceaux, complexité pas toujours justifiée), « Close To The Edge » est un chef-d’oeuvre universel.
Sorti à peine un an plus tard, le live yessongs comporte d’ailleurs tous les morceaux de ce monument.

Cette partie, alliée à la présence de nombreux morceaux issues de fragiles, impose cet énorme live (trois LP tous de même) comme le meilleur récapitulatif de l’âge d’or de Yes.
Je regrette juste l’absence d’extraits du controversé « tale of à topographic océan » qui, malgré ses défauts, témoignait encore de leurs génies dans l’élaboration de mélodies complexes et contemplatives.

Certains me rétorqueront que cette présence aurait diminué le côté symbolique de ce triple live.
Il est vrai que yessongs montre un groupe arrivé au sommet d’un rock progressif devenu très populaire.

Dans cette optique, il est normal que « tales from à topographic océan » n’y soit pas.
La volée de bois vert qu’il recevra, en même temps que « Brainsaladsurgery » d’ELP, et « A passion play » de JethroTull exprimant justement la fin de l’âge d’or du groupe, et du prog en général.
Cet âge d’or laissera place à une période de doute et, si le public suivra encore le mouvement, la révolution punk n’allait pas tarder à reléguer ces virtuoses au rang de dinosaures du rock.

Mais refermons cette parenthèse pour en revenir à ce yessongs qui nous intéresse aujourd’hui.
Comme je l’ai dit précédemment ce copieux album synthétise, par sa set-liste, l’âge d’or de Yes.
Emballé dans l’une des plus belles œuvres de Roger Dean, ces prestations permettent aux classiques issus des albums précédents de sortir de la rigueur du studio pour montrer leur côté plus « électrique ».

Steve Howe n’a jamais été aussi présent, et ses riffs et solos illuminent cette prestation, tout en donnant plus d’immédiateté à des titres au départ très écrits. À ce titre, on lui pardonnera de transformer le passage acoustique de Starshiptrooper en riff électrique un peu lourd, tant le solo qui clôt le morceau est impressionnant de maîtrise. Ne croyez tout de même pas avoir affaire à une ré-interprétation hard rock du matériel d’origine.

La grandeur de Yes est toujours là, et reste remarquable dans les ambiances générées par les claviers de Wackeman ou par la voie féerique d’Anderson. Le groupe profite juste de la scène pour rappeler qu’il sait aussi faire hurler les amplis. Car, si la musique de Yes a pour but d’aller toujours plus loin dans l’originalité, elle n’en reste pas moins issue de la culture rock. On parle bien ici de ROCK progressif, et non de musique progressive comme certaines se plaisent à l’appeler aujourd’hui.

Et Yessons  est sans doute un de ses monuments les plus remarquables.

 

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