Thor : Ragnarok. Un constat mitigé (ft Cine emotionart)

Je suis allé voir Thor : Ragnarok il y a de cela quelques jours. Mais produire un avis unilatéral à propos d’une oeuvre paraît à la fois bien trop humain et “perspectiviste” et peut-être trop réducteur pour des lecteurs qui valorisent l’objectivité. Nous avons besoin de saisir d’autres points de vue et laisser le lecteur maître de sa décision : l’influencer mais l’influencer honnêtement.

Il faut savoir apprécier une oeuvre dans sa globalité et quoi de mieux que d’offrir deux représentations que deux individus ont pu consciemment et inconsciemment se former au sujet d’une oeuvre ? Nous avons donc Cineemotionart (alias Sanela) et Carotoubaton (alias Nathan), décidé de répondre à 5 questions afin de donner deux visions différentes , et nous l’espérons toutes aussi intéressantes, à propos de ce film de super-héros fraîchement visionné. Je remercie d’avance Sanela d’avoir très volontairement, et avec motivation, octroyé du temps pour un projet qui demandait plus d’investissements que d’habitude !

Question 1 : Thor : Le monde des ténèbres avait été un échec de mauvais goût. Le réalisateur de ce nouvel opus a-t-il réussi à moderniser la saga et à lui offrir un intérêt supérieur ?

Sanela : Avec cet énième épisode du MCU, c’est un grand inconnu qui a pris les rênes de ce 3e opus de Thor. Le réalisateur, pour cet opus,  a misé sur l’humour. On retrouve donc un film avec un ton particulier, un peu différent de ce qui avait été fait avec les derniers films de la saga. On récupère Thor dans un épisode plus fun certes mais pas forcément le plus marquant, ni le plus intéressant des Marvel, dans son ensemble. Malheureusement, au premier abord, on nous promet énormément de choses que l’on ne voit pas, mal utilisés ou pas du tout, ce qui me donne un goût amer. Quoi qu’il en soit, certaines scènes sont plus utilisées comme remplissages, me semble-t-il, plus que pour leur utilité. Je parle notamment de Dr Strange qui ne sert absolument à rien, mise à part emmener Loki et Thor vers leur très cher père. Cela n’apporte quasiment rien à l’histoire, aux évènements du film, aux climax, ni pour la suite avec les Avengers. Certaines scènes sont là seulement pour atténuer certaines scènes plus dramatiques.

La saga est certes plus fun, bien réalisée (j’en parlerais plus loin), avec une dose d’humour la plupart du temps bien distillée et intéressante, Thor : Ragnarok ne se démarque pas des autres films Marvel.

Nathan : Eh bien tu vois, moi je trouve que cet opus est bien plus frais et immersif que les précédents Thor. Chez Marvel, depuis quelques années, on ne sait plus vraiment constituer de scénarios sérieux et costauds. Malgré tout, ils ont su pallier à ce manque de compétences créatives d’originalité – les films de super-héros ont à l’origine pas mal d’éléments scénaristiques récurrents qui s’essoufflent et intéressent de moins en moins aujourd’hui – en employant une stratégie très efficace : un humour dévastateur et un aspect graphique absolument époustouflant. Malgré tout, avec Thor : Ragnarok tout comme Les Gardiens de la Galaxie 2, on se retrouve avec des films à vocation divertissante qui emploient un humour cynique, graveleux et souvent absurde qui est maîtrisé à la perfection.

Question 2 : Penses-tu que l’humour très présent dans ce dernier opus est-il efficace ? Fait-il diminuer tout l’enjeu dramatique apparent ?

Sanela : Pour le coup, c’est ce qui m’a le plus irritée.

Quand on va voir un Marvel, on sait que l’humour sera très présent. Et bien évidemment Thor : Ragnarok ne fait pas obstacle à ce modèle. À certains moments, la présence de l’humour marche bien et est utilisée à bon escient alors qu’à d’autres moments, ce n’est pas utile. On aurait pensé que l’humour aurait donné un coup de frais à l’univers Marvel mais étant donné que tous les films se ressemblent, rajouter de l’humour ne fait que l’accentuer et nuit à l’impact des autres effets que le réalisateur essaye de faire passer. Les scènes dramatiques sont complètement passées à la trappe au profit de l’humour. En plus, l’humour ne se remarque plus tout comme le reste, ce qui pour moi est gênant.

Nathan : Je comprends ton avis et l’impression négative qu’une telle dose de blagues plus ou moins lourdes (même si clairement assumées) peuvent faire ressortir. Malgré tout, je crois qu’il faut essayer de trouver du positif dans cette façon originale de procéder. Un tel humour ravageur ne se voit pas partout. Dans Ragnarok, il a une place capitale. Digne des pièces absurdes les mieux réussies, il s’exprime toujours avec surprise et aucune blague n’est réellement prévisible tant le scénario d’ensemble se centre sur un non-sens et un côté complètement kitsch assumé : le monde futuriste dans lequel Thor est brinquebalé comme un malpropre est l’univers le plus niais et aussi le plus intéressant qu’il nous ait été donné à voir dans un Marvel. Pour moi, bien au-delà d’un simple stratagème pour pallier à un manquement scénaristique, j’y ai aussi vu de nombreuses pistes de réflexion très profondes. Ici, même un dieu surpuissant est traité comme un véritable moins que rien et rien n’a réellement de sens dans tout ce qui se passe. Il y a quelque chose qui relève de la mélancolie existentielle chez cet opus qui m’a assez marqué. Le rire n’est pas simplement un rire comique : il est aussi un rire… On se moque cruellement de ces personnages qui baignent dans le non-sens. Nous avons bien l’impression que tous les personnages de ce film sont des personnages si blasés par la vie qu’ils en sont venus à la considérer comme un jeu, faisant preuve du plus odieux cynisme lors de phases héroïques qu’ils n’assument pas vraiment. Korg est ce genre de personnage : un machin de pierre qui te lance des vannes à mourir de rire mais qui semble s’en balancer de tout et tout prendre sur le même ton (cf sa remarque à propos de Miek lors de la toute fin du film). Il y a donc un tragique Schopenhauerien dans ce film qui tourne malgré tout, si on y parvient à une ode pour la vie légère et au “Rien n’est vraiment grave les amis ! Vivez, dansez et riez !”. Il y a également un énorme côté burlesque dans le film qui ne manque pas à la fois de décontenancer mais aussi de faire d’autant plus rire. La majorité des discussions et des situations sont si triviales dans le film qu’elles semblent ne pas correspondre du tout aux merveilleux univers qui nous sont donnés à voir, mais également aux scènes d’action qui sont absolument jouissives. Du M16 akimbo avec munitions illimitées aux vaisseaux spatiaux prévus pour des moments -18 ans (“Ne touchez à rien” n’est-ce pas ?), on remarque rapidement que le grossier et le faste ne cessent de se côtoyer pour notre plus grand bonheur ! En tout cas pour le mien !

Question 3 : Quant à l’aspect visuel et acoustique, ça donne quoi ?

Sanela : L’univers dépeint dans ce nouveau Thor est ultra intéressant. Tout ce qui concerne l’univers, les designs, l’ambiance, la réalisation, tout y est très recherché et original pour le coup. Le design est super intéressant et on se plaît à découvrir cet univers bien développé, ce qui est quand même très rare dans les films Marvel. Les couleurs utilisées sont très intéressantes et animent le tout, ce qui est fun à voir. On explore des mondes très différents les uns des autres. La dimension décharge, où Thor est balancé, est extrêmement bien recherchée. Dans Thor, le monde des ténèbres, on apercevait différents mondes mais on y voyait jamais grand chose. Alors qu’ici dans ce film, on y découvre un peuple, une organisation, une hiérarchie (bien que ce ne soit pas si approfondi que cela). Le réalisateur a choisi un monde et le développe plutôt bien et cela fonctionne dans l’histoire. Thor : Ragnarok est très coloré ce qui manque beaucoup dans d’autres films Marvel où tout y est plutôt gris et sombre. Thor regagne enfin en grandiose. Le réalisateur donne des effets dans sa mise en scène, recompose ses plans, donne des profondeurs et des hauteurs de caméras très intéressantes. Un plan notamment est sublime, c’est celui où un tas de personnages marchent sur un sol en miroir. La caméra dans ce plan est à la base au-dessus des personnages mais on se rend compte que ce n’est que les reflets des personnages qui sont filmés pour ensuite se centrer sur les personnages. Les mouvements de caméra sont très plaisants.
Le côté sonore ne m’a pas vraiment époustouflé. Certains aspects sonores m’ont même fait penser aux thèmes de Wonder Woman, ce qui m’a assez surprise.

Le défaut constant dans ce film se situe dans la mise en scène. Certaines scènes sont complètement découpées pour passer aux autres scènes alors que la première n’était pas terminée et cela arrive assez souvent. C’est très irritant. Arghh comme cela était énervant. Mais pourquoi couper une scène et ne pas la terminer, c’est incompréhensible !!!!

Nathan : L’utilisation d’une dystopie complètement barrée est bienvenue dans ce film et nous permet de nous mettre en connexion avec un univers de science-fiction digne d’intérêt. Honnêtement, on en prend plein les yeux tout le temps et la bande-son est fortement travaillée. Avec un ton électro futuriste, elle se glisse parfaitement dans l’action et m’a beaucoup fait penser à celle que l’on peut retrouver dans les jeux vidéos Mass Effect. Bref, rien à redire de ce point de vue. Après au sujet de la façon dont certaines scènes ont été tournées, en effet on se retrouve avec des découpages parfois hasardeux ou maladroits qui ont la vocation de dynamiser l’ensemble.

Après tout, on s’en fout, car rien n’a d’importance dans ce qu’il se passe !

Question 4 : Qu’as-tu pensé des personnages dans l’ensemble, principaux comme secondaires ?

Sanela : Les personnages ici sont très intéressants et sont plutôt bien développés avec un sens comique et ils sont pour la plupart très bien utilisés. Le personnage le plus intéressant est la valkyrie qui est juste géniale. Certains personnages d’autres sagas auraient dû ressembler plus à ce personnage (Star Lord notamment). La méchante, Hela, est pour le coup très bien traitée. Elle est plutôt imposante et impressionnante. Ce qui est assez amusant c’est qu’elle est consciente de sa méchanceté et elle s’en amuse. Cela marche vraiment bien ! Elle est à la fois classe et drôle. Quant à Loki, il est toujours aussi fun. C’est mon personnage préféré. Les réactions qu’il a lorsqu’il voit Hulk sont très bien trouvées et hilarantes. Tom Hiddleston le joue très bien. Quant à Krog, il est super fun et très sympathique. Le personnage en lui-même est excellent mais il est très mal utilisé, notamment lors de scènes dramatiques. Il fait une blague pour détendre l’atmosphère ce qui gâche tout l’effet et qui m’a fait ressortir du film.

Nathan : Un tyran, celui qui est sarcastiquement appelé “le grand maître” régule la satisfaction de ses sujets à travers le bien célèbre stratagème du pain et des jeux. Cruel, mégalo, mais adorant les excès farfelus, il s’illustre comme un personnage malgré tout attachant que l’on aimerait revoir à l’avenir. Korg et Miek sont pour moi les deux grandes réussites de cet opus pour les raisons énoncées au-dessus. Ils savent former un couple de personnages absurde mais on ne peut plus attachant. La relation entre Thor et Loki semblent également progresser et ce que je trouve assez beau dans la leur, c’est la façon dont ils sont capables de s’aimer pour ce qu’ils sont malgré leurs grandes différences et les traîtrises régulières. Ils sont si complices et n’ont pas besoin de se pardonner. Comme deux frères qui se disputent et qui l’heure d’après, sans le moindre mot, sont capables des plus hautes preuves d’amour et de respect. J’appelle cela faire preuve de perspicacité vis-à-vis des relations dans une réelle fratrie humaine. Tous les deux sont des dieux qui sont malgré tout très humains et on les adore comme ça ! “Ah tu vois ce que ça fait maintenant !” (j’vous laisse retrouver la référence). Skurge, dans le rôle du collabo à l’armure qui couine, est un joli personnage sarcastique, ridicule au possible, le looser qui essaie d’être quelqu’un et qui n’a aucune attache morale quelconque. Son seul objectif : briller. Et c’est un rôle qui est sagace car il est un peu comme une critique formulée à l’égard de ce genre de comportement nihiliste.La grande méchante du film est véritablement le seul point raté du film. Du début à la fin, elle n’a aucune crédibilité et détient un pouvoir si grand et si peu expliqué qu’elle en devient fortement anecdotique malgré tout. Mais je soupçonne le scénariste de l’avoir voulu. Car tant d’un point de vue de son style ou de sa personnalité, tout est si fade qu’elle paraît ne pas être à sa place dans ce film : c’est la seule qui n’est pas capable de lancer de vanne cool ou de faire des trucs stylés… C’est pour ça qu’on l’a déteste tant. On la déteste parce qu’elle est méchante, mais aussi et surtout parce que merde quoi : qu’est-ce que tu fous dans ce film grognasse ?

Question 5 : Le scénario te paraît-il convaincant, intéressant et assez poussé ?

Sanela : Pour moi, le scénario est la partie très faible des films Marvel. Je suis pleinement consciente que beaucoup de spectateurs vont voir les films Marvel juste pour se divertir, tout comme moi. Faut quand même pas prendre les gens pour des idiots. Faut y mettre de la mauvaise foi pour pondre des scénarios de ce genre. On a un héros qui veut se débarrasser de la méchante mais entre-temps, des imprévus se dressent sur son chemin avant qu’ils aillent s’occuper du grand méchant loup. C’est le plus basique que l’on peut faire. Ce qui est tout de même intéressant était la quête de Heimdall qui part sauver la population en nous faisant découvrir un peu les alentours d’Asgard et ses vestiges.
De nombreux défauts se retrouvent dans ce film notamment liés justement au vide scénaristique, à l’absence de développement des personnages et au peu d’importance qu’ils ont dans l’histoire. La mort d’Odin est complètement passée sous la trappe, qui plus est, n’est pas aidée par la mise en scène.

Nathan : Le scénario n’est qu’un prétexte pour montrer des choses dans ce film. Il est là pour montrer toute l’absurdité que l’existence peut nous offrir à travers un humour omniprésent ou plutôt très abondant et un spectacle divertissant. Je crois qu’il faut lire ce film comme une critique osée faite à l’encontre du genre des super-héros. Car tout ici n’a vraiment d’importance et nous sommes confrontés à un avis réactionnaire fait à l’encontre de ce genre trop représenté. Thor : Ragnarok s’exprime comme une indigestion de films de super-héros classiques et ça fait malgré tout beaucoup de bien. Promouvant l’épopée parodique, l’humour corrosif et trivial et mettant en place des forces colossales qui se comportent comme des demeurés, nous avons là une référence littéraire de taille à formuler selon moi.

Oui les amis, je vais oser dire que ce Thor : Ragnarok m’a fortement fait penser à Gargantua de Rabelais. Somme toute, un Gargantua moderne.

CONCLUSION

SANELA : En bref, un film en demi-teinte qui m’a bien amusé mais qui part justement trop dans l’humour et gâche certains effets dramatiques. Les scènes post-génériques ne montrent quasiment rien (pour les connaisseurs, ils comprendront sûrement !). Tant pis, hâte tout de même de voir Black Panther et les deux Avengers qui vont enfin signer le début des hostilités avec Thanos.

NATHAN : Un film à voir, même si le scénario cynique et fortement absurde ne plaira pas à tout le monde !  Il permet de critiquer bien des choses qui sont de l’ordre du vu et revu et s’extrait du classicisme pour se pencher sur une lecture plus originale des super-héros : de gros bourrins attardés que personne ne respecte. Je me suis beaucoup amusé durant le visionnage du film et il m’a permis de formuler de fortes réflexions de fond qui existent si on creuse bien et qu’on ne s’applique pas seulement à un regard rapide sur le film ! Du moins, même si elles n’existent peut-être pas en soi, je les fais exister et ça me suffit amplement ! 

REF11/17/017

2 commentaires sur “Thor : Ragnarok. Un constat mitigé (ft Cine emotionart)

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