The Rolling Stones : Let It Bleed

Balayons d’entrée une vieille légende qui n’a pas lieu d’être : les Stones n’ont jamais été les rivaux des Beatles. Conscients d’être devenus les deux étalons tirant derrière eux un rock en pleine mutation, les deux groupes se sont toujours arrangés pour éviter de se concurrencer. Par contre, c’est bien grâce à l’influence des Beatles que les Stones commencèrent à composer leurs propres morceaux.

Le premiers résultat sera Aftermath, qui voit déjà Brian Jones perdre son leadership. Le multi-instrumentiste réussit toutefois à enrichir les compositions du duo Jagger/ Richards en leur donnant quelques sonorités psychés dans l’air du temps. Mais, après le relatif échec de Their Satanic Majesties Request, Brian Jones semble perdre pied. Il faut dire qu’en plus de lui voler son leadership sur le groupe avec Mick Jagger, Keith Richards a eu la mauvaise idée de récupérer la fiancée du musicien pendant son séjour à l’hôpital.

Résultat, en studio, Brian Jones est de moins en moins impliqué, et son apport à Beggars Banquet se limite à l’intro tribale de « Sympathy For The Devil ». Pour le reste, le groupe revenait à un rock blues porté par le feeling du riff master Keith Richards.

Sorti un an plus tard (1969), Let it Bleed est un album charnière dans la carrière du groupe. Lassés du comportement erratique de leur ancien leader, les Stones ont fini par virer Brian Jones pour embaucher l’ex-bluesbreaker Mick Taylor. Jones meurt quelques semaines plus tard, noyé dans sa piscine. Le groupe saluera sa mémoire lors d’un concert devenu mythique.

Let it bleed acte donc la prise de pouvoir du duo Jagger/Richards qui compose tous les titres.
C’est d’ailleurs Keith Richards qui s’occupe des parties de guitare, ne laissant à Mick Jones que les miettes (la slide de « Country Honk »). Profitant de l’enseignement des grands bluesmen qu’il admire tant, Richards utilise pour la première fois ses fameux accords en open tuning. Résultat, il illumine l’album de son génie, et ses riffs omniprésents font la grandeur de cet album.

Richards offre à « Gimme Shelter » une intro tout en finesse sublimée par le chant de Mary Clayton.
Quelques minutes plus tard, le riff saccadé de « Midnight Rambler » semble chargé d’hémoglobine.
Il se permet même de poser sa voix sur la ballade « You Got The Silver », où sa guitare mélodieuse fait merveille.

On ne s’étonnera donc pas que Let it Bleed  confirme le virage blues-rock démarré avec l’album précèdent. En fait ce n’est pas que du blues-rock, c’est bien plus que ça, c’est un groove implacable et jouissif qui célèbre la beauté musicale d’une décennie qui touche à sa fin. Peu de temps après, les Beatles se séparent et le chaos d’Altamont met fin au rêve hippie. Les Stones sont au sommet, et certain n’hésite pas à dire que Let it Bleed est leur meilleur album.

REF10/11/035

3 commentaires sur “The Rolling Stones : Let It Bleed

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  1. Ohhhh!!!! Merci pour cet article très intéressant qui m’en apprend beaucoup sur les coulisses d’un groupe que j’apprécie. J’adore ta rubrique et tes articles bien construits, érudits, qui ont l’avantage de délivrer des infos intéressantes et de donner envie d’écouter les albums chroniqué

  2. Mais il n’y’a pas de quoi , c’est mon boulot de remettre ces albums dans leurs contextes. 😉
    Exil fait aussi partie des monuments de ma discothèque.
    Je possède d’ailleurs le vinyle d’époque que je conserve précieusement.
    Mais exil est plus un travail de groupe , alors que let it bleed est vraiment l’apogée de Keith Richard.
    J’ai quant même du mal à établir un classement définitif des albums que le groupe a sortie entre aftermath et exil . ^^

  3. Un des meilleurs albums des Stones (j’ai un faible pour Exile on Main Street, ce qui m’empêche de dire “le meilleur”) ! Merci pour la remise en contexte, qui éclaire l’importance de cet album 😉

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