Le jeune Karl Marx : un sobre coup d’état cinématographique !

 Le jeune Karl Marx…

Ah ! Depuis le temps que je l’attendais celui-là !

Il me tardait depuis longtemps de pouvoir visionner ce biopic sur notre bon vieux fripon Karlito, créateur-même du concept de communisme, de sa théorisation et ardent combattant des droits des opprimés.

Par où commencer bande d’amateurs de films cocos et autres ivrognes marginaux ? 

Eh bien tout d’abord, je tiens à vous remettre dans le contexte. Le film a pour vocation de retransmettre les années de jeunesse de Marx de 1844 à 1848, moments lourds en émotions, en victoires comme en défaites car c’est lors du cours de ces années-ci qu’il fera la rencontre d’Engels, son ami de toujours et qu’il commencera à développer de plus en plus de hargne dans ses idées politiques, se radicalisant de plus en plus dans des discours populaires riches en idéaux et en offuscations.

Mais le film ne s’arrête pas uniquement aux déboires politiques de ce grand homme, qui marquera l’esprit du monde éternellement : il tend également à montrer toute l’humanité du personnage, ses instants de doute, de défaillance et tout l’amour porté à l’encontre de sa femme et de ses filles. Marx, c’est avant tout un homme d’action qui, en subissant un appauvrissement injuste par l’action des pouvoirs publics et leur odieuse censure à son égard, sait tirer un enrichissement de ces expériences. Et plus on progresse dans le film, plus on remarque à quel point cet enrichissement vient nourrir de mieux en mieux la qualité philosophique de ses ouvrages (ok, j’avoue que « Critique de la critique qui critique », ça en jette pas trop, mais franchement c’est un peu rigolo nan ?). Et malgré son mépris vis-à-vis du romantisme en vogue à l’époque, on se rend finalement compte, paradoxalement que Marx vit à peu près sa vie comme un parfait héros romantique ! Ce film permet de nous faire prendre conscience des ambivalences du personnage dont l’humanité attire spontanément notre sympathie.

Jusqu’ici, les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe, c’est de le transformer

Ce film, en tout point en accord avec la véracité historique, et mêlant quelques tableaux fictionnels ou incertains (comme tout film historique : on essaie toujours de faire discourir un personnage comme on imagine qu’il aurait pu le faire) afin de romancer un peu le tout, se donne merveilleusement bien à voir. Les scènes et les plans sont tous très agréables et d’un charme à toute épreuve.

Je conseillerai à tout le monde de regarder le film en VOST afin de pouvoir mieux s’imprégner des différentes situations et contextes dans lesquels les personnages évoluent (on passera régulièrement de l’allemand à l’anglais, puis au français dans tout le long du film), détail qui donne néanmoins une bouffée d’air remarquable pour tous ceux qui ont du mal à suivre un film quelconque et qui ont besoin d’être captivés pour être tenus en haleine. Même si le film recèle peu d’action et que la part belle est donnée au jeu des acteurs, aux situations de crise, et que ce dernier se focalise principalement sur ce que tout le monde voulait voir : à savoir l’amitié entre Marx et Engels, on sera enthousiasmé et satisfait de la tournure générale du film. August Diehl et Stefan Konarske ont su former un duo d’une complicité brillamment évidente ! C’est donc avec un sentiment de vigueur, de fougue, de passion communicative que l’on sera transporté par l’humour insolent des deux petits freluquets dont l’un n’étant qu’un pauvre fils de juif converti marié à une haute aristocrate contestataire, s’érigera comme un monument de la philosophie contemporaine.

Pour conclure, Raoul Peck a su, avec beauté et simplicité, trouver les bons ingrédients pour convaincre de la douceur de sa petite pépite. Je conseille à tout le monde d’aller le voir afin de passer un moment riche de culture et d’humanité sobre et vivifiante.

PS : Ce film n’est pas un film de propagande. Il a surtout la vocation d’essayer de montrer le début de la vie intellectuelle et politique de Marx en indiquant l’expérience qui a pu forger son caractère séditieux et impétueux.

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REF09/17/020

9 commentaires sur “Le jeune Karl Marx : un sobre coup d’état cinématographique !

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  1. “Le Jeune Karl Marx”, de Raoul Peck, film énormément intéressant, passionnant pour ceux que la chose est susceptible de passionner. Encore un biopic, allez-vous me dire? On n’en sort pas! Oui, sans doute, mais, là c’est un peu différent. S’agissant de personnages mythiques comme Marx et Engels, cela fait assez bizarre de les voir évoluer en chair et en os, confrontés aux problèmes du quotidien, et pas seulement dans leurs rôles de théoriciens auxquels ils sont habituellement cantonnés. Le film raconte en fait l’élaboration du “Manifeste du Parti Communiste”, les luttes théoriques, les confrontations entre communistes et anarchistes et autres idéologues, Proudhon, Bakounine et tous les autres, les divergences fondamentales entre les théoriciens de la Révolution et du prolétariat.
    Mais rassurez-vous, nul besoin d’avoir son CAP ou son brevet de marxiste-léniniste pour apprécier le film! “Le Jeune Karl Marx” est, bien sûr, un grand film politique, mais il est avant tout un grand film, avec des plans superbes, avec des portraits tout aussi beaux, trognes de prolétaires travaillant dans les usines nées de la révolution industrielle ou discutant de la Révolution, avec des acteurs pleinement investis, pour ainsi dire lumineux. Bien sûr, en de rares occasions, le didactisme est un peu pesant, mais il était difficile de l’éviter complètement compte tenu des personnalités et des thèmes abordés.
    C’est également une œuvre qui aborde un dilemme essentiel: comment concilier, pour ces jeunes révolutionnaires et théoriciens philosophes, la lutte, le combat, avec leur vie de famille? Un des aspects les plus intéressants du film est, me semble-t-il, la place de la femme -et de la famille en général- dans ce combat. Il faut dire que les femmes de Karl Marx et de Friedrich Engels avaient, elles aussi, de très fortes personnalités.
    Bref, il s’agit d’un beau et grand film, dont on eût pu craindre le côté propagandiste possible. Mais il n’en est rien et Raoul Peck s’en tire avec les honneurs dans cette oeuvre qui devrait être montrée à toutes les jeunes générations actuelles, tant le rapprochement avec le monde contemporain est évident, tant la pensée de Marx et de Engels n’a rien perdu de son actualité et de son universalité.

        1. Je comprends, après il y a toujours une manière de traiter avec un biopic et ça peut rapidement se transformer en du grand n’importe quoi. Mais parfois, il peut finalement s’avérer être quelque chose d’assez intéressant et parfois (très rarement) brillant. En l’occurrence pour ce film, on a une approche assez fine et le réalisateur a vraiment bien compris ce qui devait être absolument montré, sans en faire des caisses. Mais ce ne sera pas le film du siècle, très loin de là. Sinon pour d’autres biopics encore plus croustillants si tu veux quand même t’essayer un peu au genre, je te conseillerais Invictus (pour moi qui suis sportif et fervent défenseur du sport comme moyen de médiation, je ne peux qu’y adhérer avec force) ou La Môme à la rigueur. Merci en tout cas pour l’échange !

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