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Aujourd’hui, je vous propose la lecture d’un thriller particulièrement sombre et dérangeant, où l’amour peut se transformer en une haine terriblement destructrice, égarant le héros dans les méandres d’une haine implacable…

Le goût de la haine a été publié en 2017 par Numeriklivres, maison d’édition francophone fondée en 2010. L’auteur, Valéry Bonneau, sérial écrivain, est l’auteur d’un polar urbain valéry bonneauintitulé Une tarte dans la gueule, d’un autre roman Mon collègue est un robot et d’un recueil de nouvelles appelé Nouvelles noires pour se rire du désespoir. 

Le goût de la haine est un roman très noir basé sur le thème de la vengeance, de la haine la plus sombre, la plus destructrice, une haine qui puise ses racines dans l’amour perdu. Le découpage en courts chapitres, chacun rédigé du point de vue d’un des protagonistes de l’histoire ainsi révélée selon un angle différent, est une construction particulière qui donne au récit un rythme haletant entraînant le lecteur dans une course effrénée que rien ne peut ni ralentir, ni stopper.

Le style de Valéry Bonneau est alerte et se déroule selon une cadence soutenue: vocabulaire précis, adapté à chaque personnage; phrases très courtes, parfois juste nominales ou verbales, quand il s’agit de décrire le ressenti d’un personnage, par exemple ici les pensées d’Hélène: “Pourtant j’ai aimé Éric. Non, peut-être pas d’ailleurs. J’aimais ce qu’il me faisait ressentir. Je me sentais belle, appréciée, consacrée. Son regard me sublimait. Maintenant, il me dégrade. Vingt ans à me rabâcher qu’on allait s’en sortir, vingt ans à promettre, vingt ans à essayer. Je dois lui reconnaître ça, il essaye. Mais il rate. Toujours. Tout. Ce type est un raté. Un minable. Et sa discrétion, sa sacro-sainte discrétion, m’horripile.”…Ou dans ce passage quand Eric se retrouve dans une situation très délicate: “Éric, sur le dos, attendait. Sans bruit. Sans paroles. Il était seul. À attendre. À espérer qu’Hélène et Théo ne seraient pas inquiétés par l’autre fou. Que la disparition d’Hélène s’expliquait autrement. Les yeux rivés au plafond, il angoissait, il stressait, il s’inquiétait.” => Le lecteur peut ainsi ressentir l’angoisse d’Eric au plus profond de lui-même.

L’intrigue :

Eric et Hélène, mariés depuis vingt ans et parents de Théo âgé de 16 ans, s’épuisent plus de dix heures par jour dans le but de rembourser les dettes sous lesquelles ils croulent littéralement. Pourtant, Eric, toujours aussi fou amoureux de sa femme, n’est qu’un loser: tout ce qu’il entreprend se change en sables mouvants, laissant le couple exsangue, épuisé, au bout du rouleau. Le cœur transpercé de voir la femme de sa vie se consumer et dépérir par sa faute, Eric veut tenter une dernière manœuvre afin de mettre sa famille à l’abri du besoin.

Il met au point un plan qui, comme de juste, échoue lamentablement, les entraînant, lui, sa femme et leur fils, dans une terrible spirale de haine et de vengeance. Mais que faire quand on a perdu l’amour de sa vie, la seule lumière qui illuminait son cœur? Si vous vous risquez à lire ce roman particulièrement noir, l’auteur vous aura prévenu:”N’y a-t-il pas que la haine pour rendre les gens intelligents ?” (dixit Albert Camus).

Mon avis :

Les personnages et les lieux ne sont que peu décrits, toute l’énergie du récit étant d’abord focalisée sur la volonté d’Eric de sortir sa famille de l’impasse dans laquelle elle se trouve par sa faute, puis, dans la seconde partie, sur le plan machiavélique qu’il a mis au point pour se venger de celui qui lui a volé son amour, le moteur de sa vie. Pour autant, même si, au fur et à mesure que l’histoire se déroule, on se doute que des événements dramatiques nous attendent au coin de la page, l’auteur ménage un suspense prenant grâce à des rebondissements inattendus et à une tension dramatique croissante.

Le goût de la haine est un thriller noir, particulièrement sombre, habilement construit autour du mécanisme de la haine et de la vengeance. La psychologie des personnages, leurs pensées, leurs sentiments, leurs doutes et leurs peurs sont admirablement mis en scène: le lecteur assiste, impuissant et parfois avec horreur, au destin qui tisse sa toile autour de ses proies, montrant comment un homme ordinaire, mari aimant et père attentif peut se transformer en machine de guerre que rien n’arrête…Effrayant !!

REF11/17/037

 

2 Comments

  1. Legereimaginareperegrinareblog

    Merci beaucoup, ton commentaire me fait très plaisir; j’espère que ce livre te plaira

  2. Merveilleux article, tu as piqué ma curiosité. J’irai certainement me le procurer !

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