Le fil d’argent : Un livre à découvrir en urgence

Qui a dit qu’il fallait lire Proust pour côtoyer la “grande littérature” ??? 

Titre : Le fil d’argent

Auteur : Rebecca Greenberg

Editeur : Autoédité

Genre/Thème : Historique/Fantastique

Parution : Août 2017

Résumé :

Thomas Gordon, journaliste d’investigation au New-York Daily News, voit son existence basculer un jour de blizzard. Et rien ne l’avait préparé à ça.

Comment reprendre le cours de sa vie lorsque l’on se retrouve soudain doté de dons paranormaux ? Comment rester les pieds sur terre lorsque l’on peut désormais sortir de son corps et dépasser les limites de l’Espace et du Temps ?

Bientôt les coïncidences s’accumulent et un puzzle hallucinant prend forme… Pour ne pas devenir fou, Tom devra s’engager corps et âme dans l’enquête la plus incroyable de sa vie, où Passé et Présent se trouvent étroitement liés.

Et si rien n’était dû au hasard ? 

Mon avis

Le fil d’argent nous fait suivre, d’un côté, le quotidien de Thomas Gordon, plongé dans le coma suite à un accident de circulation puis “revenu” miraculeusement à la vie, désormais doté d’étranges capacités. Et de l’autre, le périple de jeunes résistants, juifs en particulier, pendant l’Occupation allemande dans les années 40. Vu ainsi, on pourrait facilement dire bof. Après tout, il y’a eu des centaines de récits sur la seconde guerre mondiale. Qu’est ce que ce livre pourrait apporter de nouveau et comment ? Je vais vous dire. Déjà ce livre n’est pas un récit (de plus) sur la seconde guerre mondiale. Et même en tant que tel, il se démarque largement des autres par l’ingéniosité par laquelle l’auteur traite le sujet.

Il s’agit d’un roman historique pourvu d’un côté surnaturel qui s’apparente plus à une introspection – rien à voir avec les soupes traditionnelles que nous servent les manitous guindés cuculprapra -, à une quête existentielle qui nous mène au delà des frontières spatio-temporelles qu’à un récit fantastique.

Dès les premières lignes, à peine les premiers mots posés, on est émoustillé par une plume incisive et pétillante qui plante parfaitement le décor et nous place au débotté et sans effort au coeur d’une histoire haletante et passionnante.

Bouleversant, c’est le premier mot qui me vient à l’esprit pour qualifier l’écriture, pour qualifier la richesse et la puissance narrative de l’auteure. Elle a une facilité à nous transporter d’une époque à l’autre de façon subtile et émouvante. Une capacité à nous immerger in extenso dans un univers complètement insoupçonné, dans une ambiance totalement inconnue et nous la faire vivre, la fait graver dans nos cervelles à tout jamais. À travers un récit fringant, fignolé, d’une précision millimétrée et d’une limpidité éblouissante.

Nous suivons, de façon colinéaire, deux intrigues complètement différentes à première vue.

D’un côté, l’auteure nous confronte à un passé tumultueux, douloureux et inoubliable. Tout nous est retranscrit avec précision : l’horreur, le mépris, la délation, la déportation, la trahison, les remords. Le désespoir des uns, la bravoure des autres. Nous le vivons réellement comme si nous étions détachés de notre corps – reliés par un fil invisible – et projetés  des années en arrière pour être les grands témoins de ces évènements. Et contrairement à nombre de récits sur le sujet, ce livre n’est pas JUSTE un portrait, une représentation de la barbarie humaine. Nous sommes réellement plongés tant dans la tête des victimes (leurs craintes, leur combat…) que des assaillants (leurs motivations, la cruauté dont ils pouvaient faire preuve…). Mais aussi dans l’ambiance qui y régnait.

Et de l’autre, un présent non moins secouant. Le présent d’un Tom qui a du mal avec son… présent. Du mal à appréhender tout ce qui lui tombe dessus. Après son réveil miraculeux, il se découvre des capacités extra-sensorielles ni vues ni connues. Débute alors une quête existentielle dans laquelle il va être conduit à fureter son passé. Un passé très très lointain et insoupçonné. Et rien ne lui est offert sur un plateau. Il va devoir se chercher, apprendre à se connaître lui-même, trouver des réponses à des questions qui en suscitent de nouvelles à chaque réponse et de fil en aiguille, tisser la toile représentative de son existence. Encore une fois, l’auteure  nous fait une démonstration de sa capacité à trucider le lecteur, à vivifier le récit et à en signer de sa plume authenticité et réalisme. Surprenant quand on sait se trouver dans le domaine du paranormal. Après avoir lu ce livre, vous serez tentés de reconsidérer votre conception même du surnaturel, du conscient/inconscient et de la mort.

Et le tout suivant un cheminement progressif et une construction digne des plus grands. Imaginez un roman écrit par Stephen King en duo avec J. K. Rowling : une intrigue parfaitement construite et un récit angoissant – non Stephen King n’écrit pas des livres “d’horreur”. Un récit rythmé pour une intrigue ingénieuse menée d’une main de maître. Tout se trouve dans les détails. Il y’a une tension dramatique palpable dès le début de l’histoire et cette impression ne nous quitte pas une seconde pendant la lecture jusqu’au point final. Le nuage de fumée formé dans les toutes premières pages se dissipe progressivement suivant le fil conducteur de l’intrigue pour aboutir à une résolution plus qu’effective. Et au final, on ne peut qu’admirer le travail minutieux, toutes les énigmes défrichées, le devoir accompli.

Le fil d’argent c’est aussi une narration dynamique et des dialogues qui mettent en relief le caractère des differents personnages savamment travaillés et dépeignent l’atmosphère qui règne autour d’eux. Une bonne maîtrise linguistique et un style qui sonne comme une élégie, une berceuse hypnotisante. J’ai été subjugué par la cohérence du récit du côté historique et encore plus du côté surnaturel. Ce n’est pas juste du blabla d’une auteure à l’imagination fertile, non. Les faits, les démonstrations sont criants d’authenticité. Que des sujets qui me parlent, partant du voyage astral en passant par la seconde guerre mondiale pour atterrir au summum du summum: la Maggie de la musique.

Je suis obligé d’écourter cette chronique, ça risque de devenir une affaire personnelle. Parce que c’est en lisant ce genre de livres, c’est en découvrant ce genre d’auteurs au talent fou mais ignoré que je nourris mon mépris pour les guignols dépourvus de qualités littéraires – et pourtant encensés par la presse – et leur soupe infâme. Le fil d’argent est un livre, un vrai, un érudit. Pas un texte gratuit. Croyez-moi, vous en entendrez parler dans 20, 30 ans comme d’un grand classique, un incontournable. Seriez-vous de ceux qui l’auront lu ? Franchement, coup de chapeau à l’auteure. Quand on réalise qu’il s’agit de son premier roman, on ne peut que saluer le génie et lui dire merde pour la suite. Coup de chapeau à Matthieu Biasotto aussi pour l’impressionnant travail sur la couverture. Je vous laisse juger par vous-même le talent de cet artiste. Bref, vous l’aurez compris, le fil d’argent, c’est mieux qu’un coup de coeur, c’est une claque en pleine poire. Je vous recommande VIVEMENT de le lire.

Lecture effectuée en écoutant :

  • Troisième concerto pour violon, Mozart
  • Symphonie héroïque, Beethoven
REF11/17/009

2 commentaires sur “Le fil d’argent : Un livre à découvrir en urgence

Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Thème : Baskerville 2 par Anders Noren.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :