pepparshoes/ mai 31, 2018/ 6 comments

Avec la sortie de la saison 2 de La servante écarlate sur HBO, tout le monde reparle de ce roman phénomène. Et en effet, cela vaut la peine d’en parler ! C’est une lecture pour le moins perturbante, mais surtout percutante. A découvrir !

Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l’Ordre a été restauré. L’Etat, avec le soutien de sa milice d’Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d’un Evangile revisité. Dans cette société régie par l’oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues. L’une d’elle raconte son quotidien de douleur, d’angoisse et de soumission. Son seul refuge, ce sont les souvenirs d’une vie révolue, d’un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom. Une œuvre d’une grande force, qui se fait tour à tour pamphlet contre les fanatismes, apologie des droits de la femme et éloge du bonheur présent.

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Un style particulier qui donne encore plus de profondeur à l’oeuvre

Je dois admettre qu’au départ, j’ai eu un peu de mal avec ma lecture. Je trouvais le tout un peu trop décousu. Parfois dans un même paragraphe on passe d’une époque à une autre, ce qui est perturbant. Defred part souvent dans ses souvenirs, mais sans préambule, d’un coup, au milieu d’un salon, d’une cuisine, d’une chambre. Elle repense à sa vie d’avant. Au fil des pages, on s’habitue au style, et je dois dire que j’ai été de plus en plus accro. La première fois que j’ai pris le roman en main, je me suis endormie dessus après 50 pages. La dernière fois, j’ai lu presque la moitié d’une traite. Parce qu’une fois que j’ai compris le fonctionnement de cette société dystopique, j’ai ressenti une espèce de fascination morbide pour ce qui entourait cette femme. Ce récit, c’est à la fois une critique de la société, et une remise en question de ce que nous pourrions perdre, peut-être ?

Defred, une bombe à retardement enclanchée

Ce qui a peut-être rendu la lecture difficile également au départ est le détachement le plus complet de la narratrice dans un premier temps. Elle ne montre que très peu d’émotions, du coup le rythme est lent et tiré en longueur. Elle n’est que peu en colère, pas joyeuse, simplement résignée je dirais. Comme si elle traversait la vie en somnolant, certainement voulu par la société dans laquelle elle vit. Du coup, je somnolais aussi, par procuration. Même quand elle avait des envies criminelles, on aurait dit qu’elle les imaginait sans aucune conviction. Mais l’ensemble change, perceptiblement, au fil des pages. Je ressentais presque physiquement une évolution dans le récit. On passe d’un froid passif, le temps de s’acclimater, à un froid agressif qui fait couler une sueur froide le long de notre échine. L’évolution est là, et la bombe a retardement est enclenchée. On passe notre temps à se demander quand est-ce qu’elle va exploser, tout en laissant à nouveau notre esprit s’embrumer, jusqu’à la prochaine phrase qui va nous réveiller.

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Une société qui fait froid dans le dos, et qui n’est pas si irréaliste que cela

S’il y a bien une chose qui marque, c’est que ce récit remet vraiment en question notre liberté, que nous croyons acquise, et nous démontre que tout peut basculer. Il démontre à quel point les femmes sont capables de se haïr les unes les autres, aussi. Elles sont si formatées qu’elles ne sont plus capables de ressentir de l’empathie. Comme si n’importe laquelle d’entre elles avait le choix. Mais celles mieux loties par la chance que les autres l’oublient. Pour se protéger ? Par peur ? Par mécanisme de défense ? Elles sont devenues l’instrument des hommes,  et cette société dépeinte fait peut-être si froid dans le dos parce qu’elle est relativement réaliste. Au final, notre genre est noté partout. Il peut aussi être effacé ou surligné de la même façon. J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié l’épilogue, appelé « Le conte« , quoi qu’il soit frustrant. Mais cette conférence finale, comprendront ceux qui l’ont lu, m’a encore plus intrigué et quelque part aussi satisfaite.

La Servante écarlate est une découverte forte et perturbante, qui fait froid dans le dos. Ce classique de la littérature anglaise est brillant, en réalité, tant la tension et le suspens montent, alors qu’il ne se passe pourtant pas grand chose. Suffisamment peu, pour angoisser toutes les femmes du monde entier ? Je ne peux que conseiller cette lecture, afin de se faire son propre avis, et d’analyser les émotions qu’il fait ressortir auprès de chacun.e.

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Cinemotionart vous parle de la série par ici : Handmaid’s Tale par Bruce Miller, un conte moderne et glaçant (2017)

Vous pouvez retrouver mes chroniques sur mon blog Sorbet-Kiwi, notamment quelques romans de science-fiction, comme par exemple Dôme de Stephen King, un pavé absolument génial.

Retrouve une autre critique de Pepparshoes sur lesyeux-fertiles : Les derniers jours de l’émerveillement de Grham Moore

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About pepparshoes

Pepparshoes, lectrice compulsive qui se noie dans sa pile à lire Je viens me joindre à l'équipe des Yeux Fertiles avec grand plaisir ! Ma passion ? Les livres, même si je m'intéresse à plein de choses, comme les séries, les films ou encore la musique. Mais avec une PAL (pile à lire) de 580 romans papiers (les numériques sont punis, on ne les voit que lorsqu'on appuie sur un bouton, alors ça compte pas... dit-elle pour se rassurer), j'ai de quoi m'occuper toute une vie, et la suivante lorsque je me réincarnerais en chat ! Les chats, c'est la vie, mon petit Sammy profite d'une grande partie de mon amour, qu'il doit se partager avec mon chéri. Mon genre de romans préférés ? La littérature contemporaine, très honnêtement, c'est ce que je lis le plus. Mais je ne suis pas une lectrice de la haute bourgeoisie littéraire, j'adore les romances, notamment la New Romance, j'aime beaucoup les thrillers, et même que de temps en temps je vais voir ce qu'il se passe du côté de la science-fiction ou de la littérature de jeunesse. Ma maison d'édition préférée reste les éditions Charleston, et mon amour pour Lucinda Riley n'a pas de limite, autre que celles que m'impose ma banquière. Je vous dis à très bientôt, et j'espère que vous aurez autant de plaisir à me lire que moi à vous conseiller des bons bouquins à lire sous un plaid, au chaud avec un bon café - thé - cacao - bière au beurre (barrez la mention inutile). Ah oui, sinon, j'ai un blog personnel aussi, qui se nomme Sorbet-Kiwi ! J'y parle de tout ce que j'aime, principalement de littérature, mais aussi de tout le reste, et j'abuse aussi parfois des gifs par là, venez me rendre visite si l'envie vous prend. Pour Sorbet-Kiwi, c'est par là : https://sorbetkiwi.wordpress.com/

6 Comments

  1. J’ai lu le bouquin et je l’ai bien apprécié. Mais je n’ai pas vu la série…

    1. Pepparshoes

      Moi non plus je n’ai pas vu la série. Il faudrait que je regarde 😊

  2. Je l’ai acheté. Et là lorsque j’ai vu le premier épisode de la saison 2, c’était vraiment très très haut de gamme comme départ. Je me suis dit que cela partait fort, n’ayant pas lu le livre. 🙂 Je trouve que les prises d’images sont de toute beauté, même dans un climat hideux. Bravo à cette prise de vue à laquelle je suis très sensible. Des cadrages très graphiques, j’adore, et pris depuis le haut, j’adore aussi. 🙂 Ceci bien entendu autour d’une mise en scène très soignée. Je ne sais si la série est proche du livre ? Je devrais me renseigner. 🙂

    1. Pepparshoes

      Je n’ai pas vu la série donc je ne pourrais pas dire honnêtement, mais de ce que j’ai vu l’histoire semble différer. Il va falloir que je regarde, mais je n’aime pas regarder en illégal et je n’ai pas forcément les moyens de m’abonner à OCS en plus de Netflix donc j’ai fais le choix de lire le livre à la place ^^

  3. Legereimaginareperegrinareblog

    Je l’ai acheté et j’ai hâte de le lire, histoire de voir s’il est à la hauteur de sa réputation; je me méfie toujours des livres encensés par la critique

    1. Pepparshoes

      Moi aussi honnêtement, mais pour le coup je l’ai sortie de ma PAL pour un club de lectures et ça valait vraiment le coup. 🙂

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