legereimaginareperegrinareblog/ janvier 9, 2018/ 1 comments

Une fois n’est pas coutume, je vous emmène aujourd’hui dans l’univers de Dana B. Chalys, une jeune romancière toulousaine passionnée par le folklore et les légendes qu’elle restitue avec bonheur dans des romans fantastiques ou de fantasy. Venez découvrir les aventures de Nathan, mi-ange, mi-démon, au passé trouble et à la personnalité complexe…

La marque des cinq, paru en auto-édition en 2016, est le premier tome de la trilogie intitulée Chroniques d’un saint exorciste, racontant les aventures de Nathan, un exorciste pas comme les autres.

Le style est très agréable à lire, les phrases bien construites, même si j’ai constaté, çà et là, la présence de quelques fautes d’orthographe et de syntaxe. Le vocabulaire est précis, recherché même, avec parfois des mots familiers, selon les circonstances. De nombreux dialogues permettent à l’intrigue d’avancer de manière constructive. Pas de bla-blas inutiles !!

Dana Chalys

Dana B. Chalys

L’originalité de ce roman est que l’histoire est racontée à la première personne, tantôt du point de vue de Nathan, nous livrant ainsi ses pensées et ressentis, tantôt du point de vue de la jeune Donna, qui nous permet ainsi d’envisager l’histoire sous un angle différent car la jeune fille, avant de rencontrer Nathan, ne connaissait rien à tout ce qui touche exorcisme et créatures de l’au-delà. L’alternance de ces deux voix apporte une richesse supplémentaire à l’intrigue tout en ménageant le suspense.

Le principal thème abordé dans La marque des cinq est celui de la lutte du Bien contre le Mal: Nathan, personnage hybride, moitié démon, moitié ange (un élément fantastique très souvent utilisé par les écrivains mais aussi au cinéma) appartient à l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem dont la mission est de repousser les forces du Mal, notamment en pratiquant des exorcismes.

Donna, étudiante en audiovisuel, photographie un inconnu dans la rue pour le devoir qu’elle doit rendre à madame Perez, son professeur. Cette dernière, persuadée que la jeune fille a triché en retouchant la photo, lui attribue une mauvaise note. Donna, sûre de sa bonne foi, examine la photo de plus près; une chose l’intrigue: sur le reflet, le bracelet que porte le jeune homme ne se trouve pas au bon endroit. Elle décide alors de retrouver son modèle involontaire, ne se doutant pas une seule seconde que sa vie va basculer dans un monde totalement inédit pour elle.

Nathan, jeune homme singulier et solitaire, pratique des exorcismes depuis quelques années. Armé de son crucifix, des formules adéquates et de son bracelet “magique”, il Nathan mi-ange, mi-démonmène toujours ses missions à bien. Pourtant, depuis l’exorcisme pratiqué sur la jeune Laetitia, les choses prennent une tournure inquiétante: “Le parquet se fissura dans un craquement sourd. Un geyser bouillant de soufre me sauta au visage quand un passage vers l’Enfer s’ouvrit. Les hurlements d’agonie des condamnés faisaient trembler la maison sur sa base. Comme pour Laëtitia, des bras décharnés saisirent le démon, l’arrachant à l’enveloppe charnelle de la gamine, et l’attirèrent vers un feu infernal dont la chaleur me brûlait presque vif (…) Une douleur atroce irradia d’un coup ma colonne vertébrale. Je fus pris de spasmes violents qui me coupèrent la respiration. Je tombai sur le sol en essayant de calmer la virulence du choc en retour. C’était pas normal. Pas aussi vite. Pas aussi fort.” (Chapitre 7).

Pourquoi? Que se passe-t-il dans le monde des ténèbres? Bien décidé à comprendre ce qui se passe, Nathan, au risque de mettre sa vie en danger, se lance alors dans une course effrénée. Bientôt, les routes de Donna et Nathan vont se croiser…

Toute l’histoire se déroule dans la ville de Toulouse dont l’auteur donne des repères disséminés çà et là afin de faire progresser l’intrigue, situer les événements, poser le décor dans lesquels les personnages évoluent dans leur vie quotidienne: “Je garai ma moto à quelques pas d’une fleuriste bien connue à Pech-David, quartier abritant, entre autres, l’hôpital Rangueil.” (Chapitre 3)…

basilique saint-sernin

Basilique Saint-Sernin

L’appartement de Nathan, à deux pas de la basilique Saint-Sernin, au dernier étage d’un immeuble appartenant à l’ordre, constitue son refuge dans lequel il se ressource et met au point ses stratégies d’exorcisme, entre autres.

La basilique Saint-Sernin, lieu de rendez-vous habituel de Nathan et père Luc: “Alors que j’avais visité tous les bâtiments abandonnés de Toulouse, j’en avais négligé l’un des plus beaux encore en fonction. Je restai sans voix devant la longueur de la nef, la largeur du vaisseau principal et la hauteur de la voûte. Face à tant de grandeur et de majesté, je me sentis minuscule”. (Chapitre 4).

Dès les premières lignes, l’auteur nous plonge dans une ambiance glauque, pesante, qui donne envie de poursuivre la lecture, de savoir ce qui va se passer dans cette étrange maison, en tout cas pour les plus atteints d’entre nous… “L’escalier en bois craquait sous mon poids et sous celui du maître de maison. L’homme qui me précédait, grand et sec, était blême, transpirant et puait la peur à plein nez. Plongée dans la pénombre malgré le grand jour, sa demeure était lugubre et sentait le renfermé. La vieille tapisserie florale sur les murs et l’épaisse couche de poussière sur la rambarde participaient à donner une sensation d’étouffement. La plainte des marches à chacun de nos pas résonnait comme un grincement sépulcral, un cri d’agonie d’une âme à la dérive déchirée entre non-vie et mort.” Chapitre 1).

Mon avis :

La marque des cinq est un roman fantastique très agréable à lire: bien documenté ( notamment tout ce qui concerne l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem), mêlant habilement des éléments réels à une histoire fictive, donnant une touche de crédibilité et de profondeur à ses aspects surnaturels. La mise en scène est de qualité, notamment les scènes d’action sans fausses notes ni exagérations, les personnages sont dans l’ensemble bien construits, avec une petite restriction pour Donna qui, de temps en temps, est bien puérile ( dans ses paroles, dans ses a-priori, dans certaines de ses réactions).

Toutes les scènes surnaturelles sont particulièrement soignées, leur construction s’appuie sur des recherches solides, notamment les scènes d’exorcisme particulièrement réalistes et impressionnantes, dont voici un petit aperçu: “Je tournai sur moi-même en détaillant chaque recoin de la chambre. Les portes du dressing étaient ouvertes, le lit défait, le bureau renversé et son contenu étalé sur le parquet poussiéreux.

Où était-elle ?

J’entendis remuer, puis des ongles griffèrent les lames du plancher, devant moi, sous le lit.

Avec prudence, je fis un pas dans sa direction. Je m’accroupis doucement.

La gamine rampa vers moi à une vitesse inouïe. Elle me sauta dessus et je me retrouvai sous elle, le visage à quelques millimètres du sien, verdâtre et nauséabond. Son haleine putride faillit me soulever le cœur quand elle me grogna dessus. J’attrapai sa tête de ma main gauche et donnai une impulsion choc. L’arrière de son crâne explosa sous l’impact. Son hurlement vrilla mes tympans mais me permit de la repousser. La possédée hurlait toujours, démente, en ramassant ses bouts de crâne et en les recollant.” (Chapitre 7).

Le bracelet de Nathan joue également un rôle prépondérant dans la mise en place du surnaturel: “À nouveau lourd comme du plomb, mon bracelet glissa jusqu’à ma bouche et but tout le sang qui en coulait.” (Chapitre 7)…à attiser la curiosité, voire l’intérêt profond du lecteur qui se demande jusqu’où cette histoire va le mener : “c’est un artefact pour emprisonner les démons. Il est lisse et uni en apparence, mais une fois éveillé, le nom du démon s’inscrit en runes de feu.” (Chapitre 15).

Autre atout de ce roman est la tension dramatique qui monte crescendo, d’abord avec le message insolite reçu par Donna sur son smartphone, puis avec la scène d’exorcisme auquel Donna assiste: “Je me campai devant Donna pour faire bouclier de mon corps et commençais à réciter la formule d’exorcisme pendant que mon esprit matérialisait un pentagramme autour du démon. Hors de question de lui laisser le temps de résister. Je pensais pouvoir compter sur sa blessure pour l’imobiliser, mais je me trompais. Même avec les os en miette, Camille se releva et hurla de rage. Les Ombres recouvrirent les murs, obstruèrent les vitres et montrèrent leurs visages difformes sur les lattes du parquet. Leurs mains désarticulées brisèrent le plancher et saisirent mes chevilles.” Chapitre 13).

Citation :

la ville de Toulouse

Toulouse

“Je ne bougeai pas, je n’en avais pas envie. J’avais peur de le réveiller par mégarde, peur que ses magnifiques yeux bleu-vert ne surprennent mon expression fragile et trop douce pour un homme face à un autre homme. Je ne voulais pas qu’il me juge aussi, qu’il me haïsse comme mes pairs me haïssaient.” (Chapitre 25).

 

Retrouve un autre article de l’auteur sur lesyeux-fertiles : Karin Fossum – La Mort Indienne.

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Cathie je me prénomme, Passionnée de littératures policières je suis, Comme Ariane Oliver j’adore les pommes, Lectrice boulimique je suis… Romans historiques j’écris, Antiquité et Moyen-Age me passionnent, Critiques de livres j’écris, Partager et découvrir j’affectionne… Tout ça pour vous dire, chers amis lecteurs, que je suis très heureuse de collaborer à Les Yeux Fertiles, Tiens, ça rime avec crocodile…

1 Comment

  1. ça donne vraiment envie ! Je note ! Merci pour la découverte 🙂

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