La Fête Est Finie, Orelsan.

Bon, je crois qu’il est clair qu’Orelsan n’a plus besoin d’être présenté. Que ce soit pour de bonnes ou de mauvaises raisons, Aurélien Cotentin est devenu l’une des icônes du rap français. En proposant des sons clairvoyants, mêlant à la fois pessimisme et mélancolie, Orelsan a grimpé les marches du succès jusqu’à se faire qualifier de “génie” par beaucoup de ses fans. 

(https://www.youtube.com/watch?v=wOVapLFn894)

Orelsan, c’est l’genre de rappeur qui peut t’faire aimer un style à lui tout seul. Je ne dirais pas que c’est lui qui m’a fait kiffer le rap français, déjà enfant j’écoutais Sniper, IAM, Khéops, Oxmo Puccino et bien d’autres, mais c’est lui qui  a affiné mes critères et qui m’a rendu plus exigent. J’ai compris grâce à lui qu’on pouvait rapper sur n’importe quel sujet, qu’on pouvait être soi-même et ne pas se raconter une vie, ne pas forcément être engagé. C’est là qu’est son talent, dans l’art de rapper où de montrer du contenu décalé, il suffit de voir la série Bloqués (co-réalisée avec Kyan Khojandi) ou d’écouter Perdu D’avance, son premier album, pour s’en rendre compte.

Bien qu’il ait été présent avec Les Casseurs Flowters (le groupe qu’il forme avec Gringe)  et Comment c’est Loin (film qu’il a lui-même réalisé), Orelsan en solo nous manquait un peu. En effet, le rappeur nous avait laissé avec Le Chant Des Sirènes sorti en 2011. 6 ans d’absence tout de même. L’album m’avait secoué tant ses paroles étaient dures, défaitistes et fatalistes. Entre Finir Mal, Suicide Social (merveilleuse suite de clichés qui menaient au suicide d”un pauvre gars) et La petite marchande de porte-clefs, Le Chant des Sirènes était une véritable critique  de la société qui s’écartait un peu du contenu décalé et très personnel du premier album.

La Fête est Finie, le(s) point(s) faible(s) :

Basique. Oui, je ne vais peut-être pas me faire des amis, mais pour moi, il s’agit du moins bon morceau de l’album. Simple. Entre critiques téléphonées (qui m’ont fait penser à Mauvaise idée et Suicide Social) et un flow répétitif voire saoulant, je n’ai pas du tout compris pourquoi ce morceau  avait été mis en avant. Basique. J’imagine que c’est parce que le clip est carrément ouf mais bon… quand on sait que le reste de l’album est un putain d’trésor, j’trouve ça dommage quand même. Simple. Non plus sérieusement, en entendant ce morceau j’ai eu peur pour la suite.

La Fête est Finie, les points forts :

Ici pas de parenthèses autour des “s”, parce que des points forts, il y en a masse. Ce serait p’têtre un peu con de dire qu’il s’agit de l’album de la maturité, et pourtant, c’est à ça qu’ça ressemble. Orelsan grandit et ses textes avec lui, son flow aussi, plus il avance, plus il l’assume. Avec San, Paradis et Note pour trop Tard, entre autre, Orelsan balance des punchlines qui montre qu’il a fait un réel travail d’introspection. Fini de chercher la gloire, fini de parler du futur, parce que “le futur c’est maintenant”, fini de courir après les bonnes meufs, Orelsan parle de se caser. Fini aussi d’être défaitiste. Comme pour faire un pied de nez à son fatalisme et son côté sombre, son côté “génie du mal”, le rappeur sort Tout va bien, morceau à l’instru grave lourde de Skread et à l’optimisme exacerbé. Dans le même style que le pitch du film La vie est belle, Orelsan dépeint la misère avec les yeux d’un enfant, avec les yeux d’un homme qui veut voir le bonheur là où il n’y en a plus. Peut-être a-t-il choisi cet axe pour montrer une fois de plus tout ce qui n’allait pas, mais d’après moi, il cherche avant tout à montrer qu’il ne veut pas être enfermé dans son personnage de dépressif cynique. Il croit en la beauté et n’hésiterait pas à la montrer, s’il la voyait, c’est juste qu’elle se fait rare aujourd’hui… La preuve, dans la musique qui suit, La Lumière, le rappeur  dit trouver l’amour dans une boîte, lieu de dépravation et de déperdition humaine. Il trouve le beau dans l’infâme. Toujours sur une instru de Skread, il rappe :

“C’est celle que j’attendais, j’savais pas qu’j’attendais
J’croyais pas en l’amour avant d’le voir en vrai
L’univers a changé, elle est dans chaque pensée
Le cœur bat trop fort, la Terre commence à trembler
Deux verres dans les mains
Un pour moi, un pour mon destin
J’l’invite à danser comme si j’savais l’faire
Elle prend ma main, elle prend ma vie entière”

Orelsan change, comprends que l’amour existe, que le monde dans tout ce qu’il a de laid peut aussi offrir quelques pépites. Suffit d’écouter “Dans ma ville, On traîne”, pour s’en rendre compte. En parlant de la ville qui a été témoin de son éternelle adolescence, Orelsan montre l’ambivalence de ses sentiments pour elle : “J’peux pas la quitter pourtant j’passe mon temps à cracher dessus”. Un peu comme Rimbaud avec Charleville-Mézières finalement.

En plus d’aborder des sujets de société divers (hypocrisie familiale, recherche de notoriété, recherche du sexe, etc), l’album fait preuve d’une réelle envie de modernité. Comme il le dit dans San, Orel “cherche à feater, à rester d’actualité“. Et c’est vrai, un bon nombre de feats sont affichés sur l’album et de tous les genres en plus. Maître Gims, Stromae, Dizzee Rascal, Nekfeu et Ibeyi l’accompagnent pour des sons parfois commerciaux, d’autrefois grandioses. Pour tous les goûts donc.

Conclusion :

Riche d’une diversité peu commune, de textes puissants, d’une plume affinée et d’un flow unique, La Fête est finie a dépassé toutes mes attentes. Je crois même que je le préfère à l’ancien album d’Orelsan. Un peu comme un retour au premier album, le rappeur se livre à nouveau. Bref, La Fête est Finie est un diamant, non pas brut mais bien taillé. J’espère simplement que le titre de l’album n’est pas un mauvais présage pour la suite de sa carrière… parce que des sons comme ça, on en voudrait tous les jours de l’année.

Mention spéciales à : – San – Tout va Bien – Zone – Paradis – Note pour trop tard (comment ne pas se reconnaître dans au moins une phrase de ce rap ?). Je vous l’assure, ces morceaux seront cultes.

Je pourrai en parler des heures, décortiquer toutes les phrases tant elles sont pleines de sens mais faut bien que j’m’arrête quelque part, non ?

C’était DeuxGodillots, hésite pas à venir me dire ce que t’en as pensé dans les commentaires, je te dis à bientôt !

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9 commentaires sur “La Fête Est Finie, Orelsan.

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  1. Japprivoise peu à peu l’album. Il y a un sacré enchaînement de belle petite réussite à partir de “dans ma ville on traine” et jusqu’à la fin. J’ai été bien séduite par Basique aussi, elle a une instru monumentale qui marque et hypnotise presque.
    Coup de coeur pour “la pluie”.

  2. Sans vouloir faire mon petit con(même si j’en suis un), “Comment C’est Loin” est réalisé en très grosse partie par Christophe Offenstein, et Les Casseurs Flowters ne sont pas séparés ils sont juste tout deux en train de bosser sur des albums solos 😀 !

      1. Oui mais la réal c’est pas ça ^^, la réal c’est aussi et surtout une question d’ésthetique du film, de trouver les bon plans, de réfléchir aux angles, à la lumière(jeu de mot mdrrrrrrrrrrrrr).

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