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Rares sont ceux qui ont, depuis leur tendre enfance, été bercés uniquement par la vibe américaine, en dépit de leur appartenance francophonique. Je fais partie de ces spécimens. Dans cet article, je vous explique comment s’est effectuée la rencontre avec cette musique, cette culture qui m’est familière mais qui me semblait d’un tout autre monde.

La musique est très tôt entrée dans ma vie. Il faut dire que je viens d’une famille d’artistes de façon générale, j’ai ça dans mes gènes. Le rythme, la mélodie, les mots… que de termes qui me sont familiers.

Dans un premier temps, le goût est venu des mélodies. Les notes suaves de la guitare, la mélancolie des touches du piano, le rythme des cymbales, la poésie du violent; de quoi me sentir tout de suite dans mon élément. Puis progressivement, avec les paroles et le rythme, la question des genres venait, lentement et sûrement, pointer le bout de son nez.

Je découvrais au tout début la Pop, le RnB et le blues avec Mariah Carey (Here…), Maryline Monroe (en retard, j’suis pas si vieux), Céline Dion (en anglais uniquement, I am alive, I believe I can fly…), Marvin Gaye (Sexual heeling…), Elton John (Sacrifice, Breaking my heart…), Michael Jackson et les Jackson Five (Who’s lovin you…), Bob Dylan (Knockin On Heaven’s Door…), James Brown (I feel good, Man’s World), Stevie Wonder et j’en passe. Ces artistes avaient, chacun dans son domaine, un certain génie, dans leur façon de composer, de mettre des mots en chants, de façonner des mélodies pour ensuite me les faire fredonner à longueur de journée, me transporter, m’évader,  qui me faisaient les apprécier et apprécier la musique de façon générale. Mais quelle était donc cette chose qui pouvait me bercer, me consoler, me faire changer d’humeur en l’espace de quelques secondes, le temps qu’une mélodie s’élance, s’avance et me pénètre ? Quelle était donc cette chose qui me remplissait d’allégresse et de liesse à chaque fois qu’elle entrait en contact avec mes oreilles ? Des mélodies douces et suaves qui se mêlaient à des sonorités mélancoliques, rythmées et dansantes. Je me sentais vivre, ivre… De bonheur et d’exaltation. Mais jusqu’à ce niveau du parcours, il me manquait assurément une pièce pour que le puzzle soit entièrement complété.

Progressivement, par la force des choses, ma passion innée pour les mots a fini par me faire aimer – aussitôt que l’eus découvert – un tout nouveau genre, insoupçonné jusque là : le Hip Hop. Dans ma cabosse d’artiste, ça a tout de suite fait tilt. Une instrumentation rythmée et entraînante et des artistes qui avaient l’art de jouer avec les mots, dans le seul but de faire fondre mon coeur de littéraire. Eh oui, on en était pas encore à Jul & Company. J’ai eu la chance de découvrir, pour mon initiation, Eminem (oh yeah!). Un artiste avec un flot de folie, un débit impressionnant et un phrasier excellent. 2Pac et Biggie, tous deux ayant une puissante construction et une présence imposante. C’est à ce moment que je me suis réellement affirmé en tant qu’amoureux incontesté de musique. Cela a eu pour effet d’amplifier mon goût pour les autres genres que je connaissais déjà et ceux dont j’ignorais l’existence comme le Rock (The Rolling Stone, The Beatles, Kurt Cobain…).

Cette musique qui rimait parfaitement avec la culture américaine dont j’avais toujours été passionnée, m’accompagnait tout le temps. Mais étant donné que j’ai toujours été très curieux, le besoin d’explorer d’autres horizons s’est vite imposé.

Rencontre avec la musique Française

Elle s’est faite assez tardivement, bien que j’eus été incapable de m’empêcher de tendre l’oreille du côté francophone même baignant dans mon délire cain-ri. Mais de ce que j’entendais à l’époque, je n’étais pas plus enthousiasmé que ça.

Mes premières années de musique française étaient des années purement hip hop. Je découvrais NTM, MC Solar, Doc Gynéco etc… Alors je ne vais certainement pas me faire des amis mais le premier, NTM, m’a presque dégouté et conforté mes réticences. Koolshen avait un flot pas trop mal, je dois l’admettre. Mais le fait est que je n’ai jamais réussi à adhérer au style de Joey Starr. Je le trouvais pompeux, trop brouillant pour pas grand chose. Je ne dirai même pas trop hardcore parce que du côté des ricains, j’en avais connu et ce n’était pas pour me déplaire. Biggie était très hardcore mais toujours avec élégance et style. Sans parler de Eminem à qui il arrivait presque de crier mais tout en restant plaisant et très technique. L’autre, pour moi, n’avait aucune capacité technique. Il était juste too much. Je crois que c’est sa personnalité qui ne m’a jamais plu, en même temps je n’ai jamais cherché à mieux le connaître. Son partenaire, Koolshen arrivait parfois à contraster mais, pour moi ça demeurait la même daube : du bruit inutile. Sans doute, ne m’étais-je pas encore accomodé au “style” frenchy ?

Je souhaitais réellement explorer la musique française. Mais avec ce groupe, ce n’était pas gagné d’avance. En même temps, de l’autre côté, il y avait Outkast. Je n’arrivais pas à retrouver, dans cette musique, la technicité dont pouvaient faire preuve les cain-ri ni même la puissance lyrique qui caractérisait la plupart d’eux. Jusqu’à découvrir MC Solaar, Doc Gynéco et un tout nouveau style avec. C’était quelque chose de très différent de ce que j’avais entendu jusque là dans le rap français. Un mélange de poésie et de légèreté. Le premier était assez engagé, mais ce n’était pas la première fois que j’en voyais. 2Pac l’était aussi à sa manière. MC Solaar avait une plume qui pouvait difficilement laisser indifférent. C’était percutant et son rythme était très entraînant. Un 2Pac version frenchy qui savait toucher, marquer et parler à tout le monde. Pour le second, c’était de la connerie intelligente. Une plume vraisemblablement légère mais tout aussi profonde. Un brin de philosophie mêlé à un humour de merde. À peu près le Orelsan d’aujourd’hui – qui n’existait alors pas dans l’industrie. Doc Gynéco te débitait une pléthore de phases salaces et intenses avec une facilité remarquable.

À ce moment, la musique française commençait à me paraître plus potable que je ne l’imaginais. On était tout de même encore très loin de la musique urbaine. Dans cette génération, en dehors de ces quelques artistes, je ne me suis plus penché sérieusement sur d’autres. Les années sont passées, des albums sont sortis et j’écoutais vaguement, mais jamais de mon plein gré. C’est ainsi que je commençais à découvrir La fouine, Booba, Rohff ou Kerry James alors très célèbres dans le milieu. Mais jusque là, c’était vite fait. Je connaissais uniquement les chansons “populaires” qui passaient en boucle à la télé ou la Radio. Je ne retrouvais toujours pas le rap auquel j’avais été habitué. Le style incisif et pointu, les rimes imbriquées, embrasées. Mais je commençais à me faire à la soupe française, certainement à force de l’écouter partout, tout le temps.

Ce qui me rebutait dans cette musique, c’était la légèreté des textes et la banalité des rimes. Les instrumentales étaient très soft et vite fait. Cette musique était… basique comparée à celle de l’autre côté de l’Atlantique, qui voyait à présent monter des artistes talentueux et productifs comme Drake, Rick Ross et toute la YMCMB Family. À côté, le Rap Français paraissait minime, enfantin.

Au fil des écoutes, des chansons ont commencé à s’immiscer tranquillement dans mon esprit. L’album La Fouine VS Laouni n’avait rien de purement technique mais il s’est avéré très plaisant à l’écoute. Un album équilibré avec des prods bien rythmées, des chansons relaxantes et des refrains qui collent aux lèvres. Il était très urbain, ce qui m’a permis de découvrir assez tôt La Fouine. Puis Booba. Avec ce dernier, je passais un cap dans mon périple francophone. Comme je ne pouvais m’empêcher de faire le parallèle avec l’industrie de l’autre côté, je me disais : enfin un qui vaut le rap statois. Un artiste avec du charisme, une présence scénique impressionnante et un flot percutant et incisif qui n’était pas sans me rappeller 50 Cent, alors entrain de tout exploser de l’autre côté avec Get rich or die trying. On y était… ou presque. En tout cas, niveau rap, j’étais comblé. Je découvrais un artiste qui savait me marquer avec un style posé, osé et poignant. Des rimes haletantes et une technicité que je n’avais jusque là pas encore remarqué dans le rap français. Il faut dire que je ne me mouillais pas non plus pour dénicher des perles qui trainaient sûrement là, quelque part dans cette industrie. La popularité de Booba ou La Fouine a donc certainement facilité les choses et écourté l’attente d’une rencontre qui ne se serait effectuée que tardivement s’ils avaient été dans l’ombre. De Booba, je suis tout de suite devenu fan. Il enchaînait grosse frappe sur grosse frappe en allant de Numéro 10 à Ma Couleur, en passant par R.A.S. Un pur régal, des morceaux enthousiasmant sur des prods lourdes comme aux States. Mon périple s’annonçait bien.

L’apothéose n’est arrivé qu’en 2012, à l’écoute d’un album riche en couleurs et en enseignements : Noir Désir de Youssoupha. Un artiste à la plume incisive, au phrasier excellent et au flot percutant. Un rappeur qui excellait dans l’art de manier les mots, les rimes et les métaphores. Cet album m’a frappé de plein fouet et m’a conquis dès la première écoute. Un filon de chansons en or qui s’enchaînaient les unes après les autres à travers des rythmes variés et captivants. Il me ramenait littéralement dans les années d’or du rap américain qui commençaient à me manquer puisque de ce côté aussi ça commençait légèrement à flancher. Je retrouvais le côté poétique de MC Solaar et la prose philosophique de Doc Gynéco. La technique en plus. Nous avions, ici, des prods calmes et classes comme à l’ancienne, comme à la belle époque où seuls les mots avaient le dessus. Des titres comme L’amour, qui vous frappent d’entrée de jeu. Youssoupha rappe avec une décontraction déconcertante mais les textes et les figures de styles n’en restent pas moins incisifs et sa technicité impressionnante. Avec Espérance de vie, certainement la plus grosse tuerie de cette année, Youssoupha arrivait à me rappeler des story teller excellents comme Biggie ou plus récent, J.Cole (certainement le plus doué de sa génération dans ce domaine). Une instru sombre et rythmée à la Makaveli et un texte métaphorique juste bluffant. Sans oublier Histoires vraies, Dreamin, La vie est belle.. Et j’en passe. Une vive réussite dont je me réserve le plaisir de vous parler prochainement.

A la suite de cet album, des émotions qu’il a engendrées en moi, mêlées à celles engendrées par ses prédécesseurs, mes aprioris sont définitivement tombés et j’ai du me résoudre à l’idée qu’il y avait du lourd dans cette industrie francophone. Il méritait à présent toute mon attention. C’est dans cette optique que je me suis lancé dans la (re)découverte d’artistes que je ne connaissais pas ou trop peu. A l’image de Rohff dont le style m’avait plu auparavant mais sans grand plus. Ou encore Kery James que j’avais découvert en même temps que tous les membres de la Mafia K1fri et dont j’avais savouré l’album Dernier MC juste après Noir Desir. Encore un album qui se voulait percutant bien qu’il ne fut pas sa meilleure réussite. J’avais écouté les précédents albums et je ne pouvais que saluer le génie de ce rappeur qui mêlait adroitement plume et technicité. Sans oublier Orelsan, qui est vite devenu l’un de mes chouchous dans cette nouvelle vague. Dans la même année 2012 sortait aussi L’apogée, le dernier album de Sexion d’assaut. un groupe que j’avais suivi et admiré depuis ses débuts. Mais évidemment, je survole car j’ai beaucoup à dire sur la “new generation” du rap Français qui commençait à s’installer progressivement à cette époque  pour éviter de surcharger cet article.

Les apriori ayant disparu, étant devenu fan de cette culture grâce au hip hop, le besoin de découvrir d’autres genres de cette industrie s’imposait. En grand fan de pop et blues, je me suis tout de suite penché sur les archives pour dénicher les perles de ce mouvement en milieu francophone. C’est ainsi que j’ai (re) découvert Claude François, ce génie, et ses chansons dont je me souvenais à présent en avoir écoutées certaines étant plus jeune. Un artiste avec une plume et une voix sublimes. Ses magnifiques chansons m’ont bercé et me bercent encore aujourd’hui. Je découvrais aussi des artistes comme Renaud: talentueux et atypique. Son côté “fou fou” n’était pas pour me déplaire. Au contraire, je le trouvais très original et ses textes toujours plus poignants les uns que les autres. Puis Pascal Obispo: grande souplesse vocale et une écriture tout aussi remarquable. Ou encore Mika, en plus pop, que j’ai tout de suite adoré. Tant son talent que sa personnalité. Des sons comme Relax, une musique vive et très punchy qui donne le sourire quelque soit la situation. Décidément, cette musique était bien gaulée. Elle me paraissait superbe. Mais ça, c’était avant de découvrir le top du top, la crème de la crème. Celle à la voix mielleuse, vibrante et croustillante. Celle qui, aujourd’hui dans mon coeur, occupe une place de choix tout près de Sia. J’ai nommé Édith Piaf. Après elle, cette musique ne m’a plus paru superbe, mais génialiscime, excellente. Le comble c’est que la découverte s’est faite très tardivement. Elle est même assez récente. La première chanson que j’ai écouté d’elle était “L’Hymne à l’amour” et je suis définitivement tombé sous le charme. Cette chanson, une vraie Hymne, un vrai chef-d’œuvre. Dès la première écoute, Édith Piaf à travers sa voix de velours et cette mélodie hypnotisante, a réussi à transperser mon corps, à pénétrer mon âme et mon être tout entiers. Je me suis alors jeté sur ses autres oeuvres à ma plus grande satisfaction. Cette dame devrait être étudiée à l’école :p.

Au final…

Oui, parce qu’il faut bien que je m’arrête à un moment. Je suis né avec la culture américaine, l’excellence dans le domaine musical. J’y ai découvert des grosses pointures, des artistes au talent fou, des génies. Je n’ai pas grandit avec la musique française. J’ai du l’apprivoiser, la redouter, apprendre à la connaître, à l’apprécier. Je suis allé vers elle, elle m’a ouvert les bras, m’a accueillit. La rencontre tant redoutée a eue lieu. Et au final, le bilan est plutôt positif. En plus de m’accorder de magnifiques moments de détente et d’évasion, elle a contribué à conforter ma passion pour les lettres. Le côté fun, le côté culturel, le génie de certains artistes… Que d’ingrédients qui ne sont pas pour me déplaire. J’ai découvert une musique qui console, qui câline, qui percute, qui guérit, qui pénètre, qui transporte. Une musique bien ancrée dans sa culture. J’ai aussi découvert une musique qui manque de diversité comparée aux copains ricains qui savent se renouveler, se réinventer à chaque fois pour toujours surprendre, épater. Une musique répétitive, guidée par l’effet de masse. Où l’on a l’impression d’écouter la même chose tout le temps. Ce qui est fort dommage, même si la nouvelle génération (dont je vous parlerai prochainement) essaie de sortir des cases et de voguer sur les flots de la liberté artistique. Belle rencontre parce que j’ai découvert des pépites. À voir, parce qu’il nous reste encore du chemin à parcourir.

 REF11/17/033

8 Comments

  1. Lennon62

    Sympas ton article . 🙂

  2. Deuxgodillots

    J’ai bien aimé ton article 🙂

  3. Legereimaginareperegrinareblog

    Voilà un article très complet et très intéressant de voir comment chacun de nous vient à la musique, quelles sont ses influences, ses préférences aussi; moi perso le Hip Hop, c’est pas mon truc; je suis plutôt métal et rock, mais j’avoue avoir un goût très prononcé pour des voix: Marilyne Monroe, Aznavour, Harry Connick Junior, et j’en passe. En tout cas, nous avons en commun l’amour de la musique de l’harmonie qui nous fait vibrer et qui nous booste. Merci pour ce partage 🙂

    1. Uncomptantpourriendeplus

      J’écoute aussi pas mal de métal et de Rock. Je suis ce qu’on appelle un “amoureux de LA musique”. J’écoute vraiment de tout. Dans ma playlist, tu peux passer de Adele à AC/DC sans pression. Je suis un drogué de la musique et pas besoin de décrocher :p

      1. Legereimaginareperegrinareblog

        Je suis également une passionnée de musique, chez moi ça tourne toute la journée, même quand je travaille: j’écoute ( presque) tout…AC/DC sans problème mais Adèle je peux pas …par contre j’écoute aussi du classique, car comme dit le proverbe ” la musique adoucit les moeurs” et je suis bien d’accord 🙂

        1. Uncomptantpourriendeplus

          Ahaha je crois qu’on souffre de la même maladie. C’est grave, docteur ?? 😂😂

          1. Legereimaginareperegrinareblog

            c’est tellement grave que le seul remède est de ne pas passer une seule journée sans musique…sinon, c’est la mort assurée 🙂

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