legereimaginareperegrinareblog/ avril 14, 2018/ 0 comments

Innocente | Aujourd’hui, je voudrais saluer avec vous la naissance d’une nouvelle romancière de thriller. Elle est anglaise et vous constaterez que sa prose est tout à fait prometteuse.

Innocente, The innocent wife en version originale éditée en janvier 2018, a été publié par les éditions Hugo Thriller en 2018. Il s’agit du premier roman de cette jeune anglaise qui écrit dans un style riche d’adjectifs, dans des descriptions très précises: “Des chaises enhugo thriller plastique vert étaient fixées au sol; Sam s’assit sur la première qui se présentait. En face d’elle, elle vit une épaisse vitre en plexiglas criblée de petits trous -l’hygiaphone- une petite étagère qui devait servir de bureau et des panneaux occultants de chaque côté de la vitre.” (Page 27).

ThèmesInnocente montre comment les gens sont avides de célébrité au point d’utiliser le parcours d’un homme emprisonné vingt ans pour un meurtre qu’il n’a pas commis en orchestrant sa sortie en une sorte de show, de manière à générer des profits, l’enfermant dans une nasse qui l’empêche de retrouver un semblant de vie normale et un anonymat salvateur: “Il y a une foule de fans et de journalistes! Sortez tant que vous voulez, mais ayez une stratégie, et si j’étais vous, je ne parlerais à personne. Ne donnez rien gratuitement. J’ai analysé les réactions suscitées par votre dossier, et nous devons capitaliser. Il faut qu’on commence à bosser pour créer votre marque (…)Jackson et Nick expliquèrent que Dennis devait promouvoir son image d’une certaine façon pour maximiser les revenus qu’il pouvait tirer de cette situation.” (Page 143).

L’auteure montre avec beaucoup de vraisemblance le pouvoir des réseaux sociaux, la façon dont ils peuvent influencer en bien ou en mal l’opinion publique et comment, habilement instrumentalisés, ils peuvent avoir un impact dévastateur. Tout au long du roman, on voit Sam et Dennis pianoter sur leur téléphone en quête de commentaires sur les tweets et les posts diffusés sur la toile, leur donnant ainsi un aperçu de l’opinion publique américaine et internationale.schéma notoriété

Depuis vingt ans, Dennis Danson est dans le couloir de la mort pour le meurtre d’une jeune fille perpétré à Red River, une petite localité de Floride. Alors que Netflix prépare un documentaire sur son histoire en vue de la révision de son procès, sur la base que l’enquête menée à l’époque a été bâclée et comporte des éléments pour le moins déconcertants, Samantha, une jeune enseignante vivant à Bristol, en Angleterre, suit son dossier avec une passion frisant l’obsession. Après un échange de lettres dans lesquelles ils se sont beaucoup confiés l’un à l’autre, la jeune femme décide de laisser son ancienne vie derrière et de le rejoindre en Floride afin d’œuvrer à sa libération.

Mariage avec Sam, reconnaissance de son innocence puis libération, tout semble enfin s’éclairer dans la vie de Dennis. Mais le tapage médiatique indécent, leur errance de chambre d’hôtel en chambre d’hôtel, puis leur retour à Red River pour l’enterrement de Lionel, le père de Dennis, plonge le couple dans une spirale de doutes et de ressentiments. Samantha, recluse dans la vieille maison en ruine, commence à se poser des questions: quel rôle joue Lyndsay dans la vie de Dennis, dans son passé? Pourquoi son mari désire tant s’attarder dans cette ville qui pourtant le poursuit de sa haine? Quels secrets cache-t-il dans sa petite boîte? Certes Dennis a été innocenté du meurtre de la jeune Holly, mais qu’en est-il des autres jeunes filles disparues? “Il y a beaucoup d’histoires qui courent ici, et si j’étais vous, je me demanderais pourquoi il veut revenir dans un endroit où tout le monde le hait alors qu’il pourrait aller n’importe où ailleurs.” (Pages 232-233).

Description réaliste et minutieuse des différents lieux de l’histoire, notamment le comté de Red River, en Floride, ville natale de Dennis et théâtre des meurtres et disparitions, que nous découvrons grâce à la présentation qu’en fait Eileen Turner dans le livre qu’elle a écrit sur l’histoire de Dennis Quand la rivière rougit: “…des kilomètres de terres impropres au développement. C’était un paysage aspiré par lui-même à force d’essuyer des tempêtes, fait de marécages qui se changeaient en mangroves le long du littoral, et de racines enchevêtrées dans une eau si noire qu’on ne voyait rien sous la surface.” (Page 33). Immersion dans un environnement hostile en phase avec l’histoire passée et présente qui s’y déroule.

La ville de Red River, bien peu accueillante et comme issue d’une autre époque, donne une impression de pauvreté et d’abandon, à l’image de l’enfance de Dennis: “Les rues étaient larges et les habitations éparpillées de part et d’autre; il y avait des canapés abandonnés et des chiens enchaînés qui aboyaient au passage de leur voiture. Il y avait aussi une modeste mairie blanche et une rue centrale avec une épicerie, une quincaillerie et un restaurant. La majorité des boutiques étaient fermées par des panneaux de bois qui obstruaient les fenêtres.” ( Pages 42-43).

Mais cette mise en bouche n’est rien à côté de la maison familiale de Dennis: une maison de plain-pied entourée d’une herbe jaunie avec “le mot “ASSASSIN” tagué à la peinture rouge.” (Page 82)…”La maison ressemblait à celle d’Amityville, une incarnation de l’horreur, comme si elle pouvait lire dans leurs pensées.” (Page 83) => Description qui me rappelle celle de la maison du roman de Shirley Jackson La maison hantée qui semble également capable de dévisager et juger ceux qui s’en approchent, créant une atmosphère malsaine.

paysage de Floride

Floride

Mon avis :

Un des atouts de Innocente est la façon dont l’auteure, tout au long du roman, met en place la psychologie des deux personnages principaux, Sam et Dennis. Sam est une jeune femme sensible et fragile au point de tomber amoureuse d’un détenu pour meurtre qu’elle n’a jamais rencontré, qui vit dans une prison à l’autre bout de la planète, avec lequel elle n’a eu qu’un échange épistolaire. Le vide de sa vie sentimentale (elle vient de rompre avec son petit ami), un travail qui ne lui plaît pas, une certaine solitude, autant de facteurs qui contribuent à son attachement pour Dennis, qui, à travers ses lettres, semble la comprendre mieux que sa propre mère; au début du roman, elle se raccroche à lui, veut croire à leur relation amoureuse: l’histoire de femmes dans ce cas n’est pas rare, mais ici les rouages de la personnalité de Sam et de son comportement sont si adroitement mêlés à l’intrigue que toute l’attention du lecteur se focalise sur l’injuste incarcération de Dennis.

Peu à peu, on assiste à la dégradation de l’équilibre nerveux de Sam qui éprouve de plus en plus de difficultés à jouer le rôle de l’épouse, sereine et confiante, de l’ancien détenu. Elle a appris à connaître et à aimer Dennis alors qu’il était emprisonné, en position de faiblesse, coupé du monde extérieur. A sa sortie de prison, il est du jour au lendemain propulsé sur le devant de la scène; ils n’ont pas un seul moment d’intimité. Et, contrairement à ce qu’elle avait espéré,  tout s’aggrave quand ils s’installent dans la demeure familiale, à Red River: “Elle se sentit soudain très seule, comme si l’homme qu’elle avait épousé n’avait jamais existé et qu’elle se réveillait dans une vie inconnue, au milieu d’une histoire qu’elle ne comprenait pas.” (Page 298). Elle ne parvient même plus à lui faire confiance: “Si Dennis verrouillait la porte depuis l’extérieur, personne ne saurait jamais qu’elle était ici, quelle que soit l’intensité de ses cris. Elle se demanda pourquoi cette pensée avait germé dans son esprit.” (Page 301).

Le talent d’Amy Lloyd à décomposer le comportement de ses personnages s’exerce également en la personne de Dennis: comment un homme qui vient de passer vingt ans de sa vie dans le couloir de la mort se réadapte à la vie en liberté. Le monde a changé. C’est comme s’il arrivait d’une autre planète.

Le +: malgré quelques longueurs dans le récit et de petites incohérences, Innocente est un premier roman prometteur. Les extraits de livre, d’interviews et d’interrogatoires officiels lui confèrent crédibilité et réalisme. De plus, Amy Lloyd s’y entend particulièrement bien pour distiller le doute dans l’esprit du lecteur: jusqu’à la dernière page, il s’interroge à propos de l’innocence ou de la culpabilité de Dennis. Auteure à suivre…

Citations:

“C’était la période la plus dure, sans personne à mes côtés, mais maintenant je ne me sens plus seule parce que je sais que tu es là et que j’attends tes lettres. C’est si bon d’avoir quelqu’un avec qui je peux être honnête.” (Page 18).

“Elle avait changé d’avis un million de fois au cours des dernières vingt-quatre heures. Rien de tout cela ne lui avait semblé réel jusqu’au moment où elle avait pénétré dans la fournaise qui l’attendait derrière les portes de l’aéroport. C’était une erreur, se dit-elle, une erreur grave et chère.” (Page 26).

“C’est quelque chose que les personnes qui ne viennent pas de Red River ne comprendront jamais parce qu’elles n’étaient pas là, elles ne connaissaient pas les familles comme nous on les connaissait. Et elles ne connaissaient pas Dennis. Elles ne savaient pas qui il était à l’époque, avant que les gens comme vous en fassent ce qu’il est devenu. Avant qu’il apprenne à se comporter comme une proie plutôt que comme un prédateur.” (Page 91).

 

Retrouve une autre critique de l’auteur : Rosa Candida de Andur Ava Olasfdottir

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