legereimaginareperegrinareblog/ 0 comments

Pour notre rendez-vous du samedi, je vous invite pour une plongée dans les arcanes de l’Assemblée Nationale et du pouvoir politique.Si, si, vous allez voir, c’est plus drôle que ça en a l’air à première vue…

L’auteur:

Christophe Martinolli, né le 12 février 1978 à Nice. Passionné de cinéma, Christophe Martinolli a toujours aimé raconter des histoires. Titulaire d’un master 1 en scénario à l’université Paris 8, il complète sa formation à l’école Louis Lumière et au Conservatoire Européen d’Etudes Audiovisuelles. Il débute sa carrière de scénariste avec une série de courts métrages intitulée “Femmes tout court” diffusée sur TV5 Monde, puis avec la série pour la jeunesse “Déjà vu” diffusée sur France 2. Christophe Martinolli travaille sur seschristophe martinolli nombreux projets en étroite collaboration avec Thomas Martinetti avec lequel il co-signe, en 2013, les scénarii de 3 tomes de la bande dessinée “Seul survivant”, éditée par Les Humanoïdes Associés. En 2017, il co-signe un épisode de la série judiciaire “Lebowitz contre Lebowitz” (s.3) pour France 2. Il vit actuellement à Paris.

Corps d’Etat, sorti en décembre 2016, est un thriller que j’ai trouvé sur la plateforme “SimplementPro”. Le récit, écrit à la troisième personne, est raconté au présent, immédiateté qui lui confère un certain rythme.

Le style est incisif, la construction énergique: les chapitres courts s’enchaînent à un rythme endiablé et se terminent souvent par de courtes phrases qui donnent envie au lecteur de tourner la page suivante. Malgré ces qualités, l’écriture parfois un peu confuse, souffre d’une certaine lourdeur. On sent que le style demande à être encore un peu travaillé, notamment les nombreuses fautes d’orthographe, de ponctuation mal placée et de syntaxe.

Le principal thème développé dans ce roman est celui de la puissance d’attrait du pouvoir politique, mis en scène de façon réaliste, ce monde très particulier est décrit ici avec beaucoup de lucidité, donnant une certaine épaisseur à l’histoire: “Entrer en politique c’est comme entrer dans les ordres, ça demande des sacrifices. Réélu depuis des années dans sa circonscription de la Haute-Loire, son travail est apprécié en haut lieu. Il n’en a pas moins la principale caractéristique de tout homme politique : il attaque dès qu’il se sent en danger.” (Page 8)…Ce monde où spontanéité et authenticité sont des mots bannis de tout vocabulaire: “Tout cela était bien sûr orchestré, savamment pensé par ses amis spin-doctors, conseillers, qui tels des scénaristes de cinéma méticuleuxassemblée nationale.png choisissaient jusqu’à la couleur du veston et la marque de la montre qu’il portait pendant les rassemblements. Tout devait paraître plus vrai, plus proche, plus tangible : les gens avaient besoin d’un homme solide, terrien, et il fallait leur en donner. Il a changé ses lunettes, a acheté français et l’a montré autant qu’il a pu, a posé dans des usines qu’il a l’intention de fermer.” (Page 13).

L’intrigue: Le président sortant, Laurent Terrier, est réélu à une courte majorité. Le soir de l’élection, ses proches et sympathisants éclatent de joie. Pourtant, une ombre plane: “La sécurité est sur les dents. Une contre-manifestation sauvage est en train de défiler Rue de Rivoli, de violents affrontements ont éclaté à hauteur de la mairie de Paris, malgré les milliers de CRS mobilisés. Il y a déjà de la casse. Il va falloir aller très vite : il ne peut rester qu’une demie heure sur l’estrade, pas une seule minute de plus.” (Page 28).

Pendant ce temps, Ambre, assistante parlementaire, surprend une conversation top secrète et très compromettante qui, elle le comprend très vite, met sa vie en danger. La jeune femme, terrorisée, ne parvient pas à joindre son ami Ewan pour lui demander son aide. Alors qu’elle parvient à s’éclipser des couloirs de l’assemblée Nationale, elle se fait enlever.

Ewan, ayant récupéré son portable sur lequel Ambre a enregistré la conversation qu’elle a surprise, comprend alors dans quel pétrin elle s’est fourrée. Mais lui-même pris dans un terrible engrenage, il ne peut rien faire pour la sauver: “Mais que va t-il se passer maintenant ? – La guerre monsieur, la guerre civile, il faut s’y préparer. – Mais c’est impossible ! – Ah bon vous croyez ? Attendez que les Français comprennent qu’elle ne rendra jamais le pouvoir. – Mais il faut l’arrêter. – Elle a tous les corps d’armée avec elle, et les principaux généraux. Oui, on aura besoin de vous, mais pas maintenant.- Vous allez accepter ce poste,faire croire que vous n’avez rien vu.” (Page 134/135). Jusqu’où cela le mènera-t-il?

Les personnages:

  • Claire: femme d’Erwan; enceinte de leur premier enfant; cheveux longs et bruns, ondulés.
  • Erwan: assistant parlementaire de Pierre, formation de documentaliste; bel homme à l’air décontracté, barbe brune et fine, air studieux, lunettes fines et élégantes; très efficace et très travailleur; ne se sent serein et en sécurité que dans une bibliothèque.
  • Pierre: député; yeux doux et ronds, petite moustache; homme respectable, gentleman qui a toujours réussi à fuir les grand medias.
  • Laurent Terrier: président sortant réélu; homme d’apparence bonhomme à l’humour cinglant de petite taille, calculateur et sans scrupules: “Sous prétexte d’état d’urgence,il a fait saccager les domiciles d’écologistes radicaux, il a usé de toute la science des fluides pour ne parler que de violence dans les manifestations.” (Page 14).
  • Mathieu Tordoli: premier ministre de Laurent Terrier; pervers narcissique qui se soigne à la cocaïne; manipulateur, charmeur, dénué d’empathie, prêt à tout pour conquérir le pouvoir et servir son président.
  • Ambre: amie d’Erwan, également assistante parlementaire; cheveux lisses et roux; femme indépendante et ambitieuse.
  • Dominique: député; amoureux d’Ambre.
  • Michèle Desrivières: chef de l’Etat par intérim; femme ambitieuse prête à tout pour conserver le pouvoir.
  • Charles Bonvoisin: député d’extrême droite.

Corps d’Etat est un thriller psychologique dont l’originalité est de situer son intrigue dans les milieux politiques, proposant une exploration en souterrain, dans les coulisses, imaginant un scénario extrême: que deviendrait notre démocratie si une personne arriviste, ambitieuse et sans scrupules se faisait élire à la présidence de la République et décide, par un coup d’Etat, de réunir tous les pouvoirs dans une seule main, la sienne? “Erwan écarquille les yeux. La France ? Son Président assassiné ? Un complot ? Les manifestations interdites ? La violence partout, la révolte, et demain ? La guerre civile, la Révolution ? Si la nation se rend compte du coup d’État, c’est la haute trahison pour toutes les personnes impliquées, le retour de la Terreur.” (Page 81).

Le rôle de la presse, de la sur-médiatisation des milieux surfaits de la politique, est un des rouages de ce roman, illustrant de manière très réaliste les coulisses des élections présidentielles: “Dans la lumière tamisée les militants et sympathisants politiques sont rivés face à l’écran géant pour voir et écouter les journalistes qui commentent la soirée. Ils commentent les commentaires. Tout ce qui y est dit a déjà été dit des dizaines de fois. Les journalistes sont devenus des animateurs de plateau pour fastfoodTV. Ils digressent jusqu’à la nausée sur des détails qu’ils gonflent à l’hélium pour éclater dans la haute atmosphère de la vacuité, avant de passer à un autre détail. Untel n’a pas de cravate, une autre ne connaissait pas ses fiches…”(Page 10).

Tous les éléments d’un bon thriller figurent dans ce roman: sombre machination, enlèvements, courses-poursuites, chantage… Pourtant, certaines lourdeurs et quelques invraisemblances (par exemple, page 35, Erwan répond à un appel sur son portable qu’il a brisé un peu plus haut !!) font la différence qui sépare les bons thrillers des très bons thrillers. L’intrigue aurait mérité d’être approfondie, avec plus de suspense, des personnages un peu moins caricaturaux. Christophe Martinolli est scénariste et cela se sent. Néanmoins, ce premier roman est prometteur et je gage que le style de l’auteur se bonifiera avec l’expérience.

abus de pouvoir.jpg

Abus de pouvoir

Citation:

“Mais il a goûté à l’ivresse du pouvoir, la drogue la plus dure qui soit sur le marché. Prenez n’importe quel type bien portant et sain d’esprit, enfermez-le dans une pièce sans lumière et droguez-le à l’héroïne. Il viendra vous lécher les bottes pour avoir sa dose, et sera prêt à tout. Le pouvoir fait à peu près cet effet-là.” (Page 15).

 

Laisser un commentaire