Bruce Springsteen : Born to run

Connu pour avoir fait signer à Bob Dylan un de ses premiers contrats, John Hammond croit tenir son deuxième gros coup lorsqu’il entend les compositions d’un petit gars du New Jersey. Nous sommes en 1972, et le petit gars se nomme Bruce Springsteen.

Enthousiasmée par cette découverte, la maison de disques compte vendre le petit prodige comme « le nouveau Dylan ». Mais, une fois en studio, Springsteen révèle sa vraie nature. Malgré ses textes très écrits et son lyrisme Dylanien , c’est un rockeur, et ses albums seront électriques ou ne seront pas !

Devant la ténacité de son nouveau chanteur, qui place l’intégrité artistique avant les basses considérations mercantiles, Columbia cède et laisse Springsteen produire ses albums comme bon lui semble.

Mais les deux premiers essais sont des échecs retentissants qui menacent l’avenir du groupe car même si le contrat de Springsteen prévoit l’enregistrement de trois albums, si le troisième se vend aussi peu que les deux premiers, sa maison de disques n’hésitera pas à se débarrasser de lui.

Pourtant, le compositeur ne perd pas espoir et sait exactement ce qu’il veut pour son prochain album. Malheureusement, il ne sait pas comment l’obtenir, et les sessions deviennent un véritable cauchemar, où le groupe rejoue sans cesse les morceaux sans réussir à leur donner la forme souhaitée par son leader.

Le E Street Band parvient toutefois à oublier sa frustration lors de concerts épiques, où le groupe transcende son répertoire. C’est là qu’un soir de 1974, le critique John Landau a une révélation.
De retour de cette grand messe rock’n’roll, il écrit fiévreusement ces quelques mots prophétiques : « J’ai vu l’avenir du rock, et il s’appelle Bruce Springsteen ».

Les deux hommes se rencontrent peu de temps après, et ils s’entendent si bien que Landau devient producteur du troisième album du Boss. Le disque finit par sortir en 1975, après un chemin de croix qui aura duré plus d’un an. Cette fin ne rassure pas un Springsteen épuisé nerveusement ; et lorsqu’on lui fait écouter le résultat, le compositeur accablé n’hésite pas à balancer la platine par la fenêtre. Pourtant, cette souffrance ne fut pas veine, et Born to Run deviendra un chef d’œuvre unanimement salué.

Born to Run est un déluge d’énergie brute qui voit Springsteen réadapter le mur du son Spectorien, pour en donner une version plus rock. Mais ne croyez pas que cet album reproduit les travers de ce son compressé et plein d’échos : de Spector, Springsteen n’a gardé que l’ampleur, qui ne se fait pas au détriment des musiciens.

Les couches de cordes se superposent dans une harmonie parfaite, qui permet de distinguer chaque instrument présent dans ce déluge sonore. Placé au milieu de cette harmonie résolument rock, Springsteen raconte des histoires de sans grades, de paumés, et d’idéalistes, avec la compassion de celui qui a connu le même sentiment d’isolement. Tout le monde peut d’ailleurs se reconnaître dans cet idéalisme romantique, qui trouve sa plus belle expression dans les vers de « She’s the One», « Jungleland », et bien sûr « Born to Run ».

Cet album ne tardera pas à séduire l’Amérique, et Times et Newsweek dédieront leurs unes au nouveau héros américain : la mythologie Springsteenienne commençait enfin.

REF11/17/013

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